D'histoire en histoires

  • Genève, le football genevois et les suites de l'insurrection hongroise du 23 octobre 1956

    Conséquences imprévues de la tragique insurrection hongroise de 1956, l'équipe nationale junior de football de Hongrie va rester bloquée en Suisse. Trois jeunes joueurs hongrois talentueux vont rester durablement chez nous et faire un peu plus tard le bonheur du FC Servette qui sera champion suisse de 1960 à 1962 grâce notamment à ces trois incroyables jeunes  magyars ayant pour nom Valer Nemeth, Didier Makay et Peter Pazmandy. Ils vont écrire les plus belles pages de l'histoire du Servette pendant plusieurs années. Tout Genève - dont moi ayant 14 ans à l'époque - venait les voir jouer au stade des Charmilles. Une intégration réussie  alors que notre canton avait Servette 1960.jpgaccueilli les Hongrois à bras ouverts malgré les affres de la guerre froide.

    Claude Bonard 

    Crédit photographique : livre de Gérald A Piaget, éditions Le Pavé, 25 ans de football avec Jacky Fatton, 1963

  • Elections législatives polonaises - le manque d'anticipation de l'opposition centriste libérale se paie cash !

    Il ne fallait pas être grand clerc pour deviner l'issue des élections législatives polonaises après une campagne dure voire  hargneuse. Un résultat sans appel qui sanctionne notamment une opposition centriste libérale ko debout, qui devra vraiment faire son introspection. Elle qui a eu pour seule politique pendant la précédente législature "l'opposition totale" sans rien proposer de concret. Une opposition libérale amorphe et sans idées qui s'est perdue en querelles de clocher, nouant des coalitions  au dernier moment. Le parti "Droit et Justice" (PIS), conservateur, nationaliste et eurosceptique  sort vainqueur de ces élections, On l'apprécie ou non mais force est de constater que ce parti adepte de la démocratie illibérale  respecte une discipline de fer, en ordre de marche derrière son leader incontesté, M. Jarosław Kaczynski. Au cours de la campagne, le PIS a toujours eu un coup d'avance et surtout des idées, dont un programme social fort, soutenu par l'Église catholique de Pologne, elle aussi très conservatrice. Un PIS au pouvoir depuis quatre ans avec une majorité absolue, détenant de ce fait  tous les leviers du pouvoir, en ayant les médias nationaux à disposition et aussi les leviers monétaires et économiques. Mais l'essentiel est ailleurs. La botte secrète du PIS est  à mon sens d'avoir anticipé en formant depuis quatre ans une relève politique formée de jeunes loups redoutablement efficaces. Une relève qui s'en est allée depuis plusieurs mois battre la campagne en délivrant le message du parti dans les zones les plus reculées et les moins favorisées du pays alors que l'opposition centriste libérale était " aux fraises" et ne voyait rien venir. On aime ou on n'aime pas ... mais ce rouleau compresseur a laminé cette opposition sans âme, divisée et timorée. Une opposition centriste libérale qui n' a pas su former la relève et qui n'a pas vu ou voulu voir arriver le puck. Il y a là des leçons qui doivent être tirées dans le camp des perdants. A noter le retour des gauches dont les sociaux-démocrates dans le paysage politique polonais après une éclipse parlementaire de quatre ans. C'est une bonne nouvelle et c'est sain pour la démocratie. La question de savoir si le PIS disposera de la majorité absolue à la chambre basse, la Diète (Sejm)  semble être tranchée. S'agissant du Sénat, les partis d'opposition ont repris la majorité à deux voix d'écart, ce qui promet une législature mouvementée. Au plan des nouvelles moins réjouissantes, l'arrivée d'une extrême droite ultranationaliste constitue un signal qui doit être pris en compte avec attention pour éviter des lendemains qui déchantent. Le climat politique tel qu'il se caractérise à l'issue de ces législatives  laisse donc augurer des temps agités au moment de l'élection présidentielle de 2020, ce d'autant que si l'on fait le décompte de toutes les  voix obtenues dimanche par l'ensemble des partis d'opposition, on s'aperçoit   qu'ils dépassent le PIS en terme de suffrages obtenus. Curieusement pourtant, le PIS conforte sa position, restant  majoritaire en termes de sièges obtenus en vertu d'un mode de calcul assez byzantin dont la logique échappe au commun des mortels ...

    Affaire à suivre donc  ...

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  • Lech Walesa - l'Homme de la brume -

    Dans son pays et presque dans l'indifférence, M. Lech WałeWalesa.pngsa a fêté  le 29 septembre son 76è anniversaire. Certains voudraient depuis quelques années le faire passer pour un ancien agent de la police du régime communiste. L'ancien prix Nobel de la Paix et ancien Président de la République de Pologne est pourtant toujours solide et n'a rien perdu de sa pugnacité pour affronter ses détracteurs même si sa voix est de moins en moins écoutée. Mais revenons à ce stupéfiant été 1980. Souvenez-vous ! avec la signature des accords de Gdansk, en août 1980 nous découvrions  la forte personnalité de cet ouvrier électricien polonais. C'était le temps de Jacek Kuron et de Bronislaw Geremek deux des plus grandes figures de Solidarnosc et du KOR, qui reposent aujourd'hui côte à côte au cimetière national de Powazki à Varsovie. C'était le temps d'Andrzej  Wajda, de son  " Homme de Fer" et de son  "Homme de Marbre". Le temps aussi du génial Kieslowski et du "Hasard", superbe variation cinématographique sur les thèmes du destin et de la liberté. Et le temps aussi de tant d'autres acteurs connus et anonymes de cette révolution qui ne portait pas son nom Un mouvement  porté par des milliers d'ouvriers, d'artisans, d'intellectuels, d'étudiants mais aussi de retraités, toutes couches sociales mélangées, emportés par la vague de Solidarnosc.  Aujourd'hui, pour paraphraser le regretté Andrzej Wajda, vu l'indifférence de beaucoup de Polonais nés après 1980 à l'égard de  de Lech Walesa, il aurait pu réaliser un nouveau film intitulé "l'Homme de la brume"  .... Oui, décidément, la mémoire est fugace et ingrate et la reconnaissance aussi mais ça s'explique. En Pologne, les trentenaires et quarantenaires n'ont pas  ou presque pas vécu les  années de plomb ni celles de l'état d'urgence du général aux lunettes noires qui a suivi le fol espoir de l'été de Solidarnosc. Une époque faite d' arrestations, d' internements et de difficultés économiques innombrables. Mais un temps qui fut aussi  et c'est heureux, celui des blagues et des plaisanteries, en d'autres termes, du rire des Polonais confrontés au malheur qu'ils tournaient en dérision à l'image de cette plaisanterie qui se colportait sous le manteau :

    "Quelle est la définition du socialisme ?: c'est un système qui donne mal à la tête à ceux qui le subissent mais qui leur distribue l'aspirine gratuitement"…

    Claude Bonard 

     

  • 28 septembre 1939 – 80e anniversaire du quatrième partage de la Pologne

    En Pologne où je me trouve en ce moment, la date du 28 septembre 1939 laisse un amer souvenir dans les mémoires. En effet, à la suite de l'invasion du pays par les troupes du Reich le 1er septembre, Varsovie capitula le 27, n'ayant pas pu combattre sur deux fronts suite au « coup de poignard dans le dos » que constitua l'attaque soviétique du 17 septembre 1939 sans déclaration de guerre. Le 28 septembre, selon les termes du pacte germano-soviétique, les Allemands et l'Union Soviétique se partageaient le pays. Le Reich récupérait la région de Dantzig, la Prusse occidentale et la Haute-Silésie ainsi que la région de Lodz, deuxième ville du pays et capitale de l'industrie textile Quant aux Soviétiques, ils mettaient la main sur les territoires polonais situés aujourd'hui en Ukraine et en Biélorussie à l'est des rivières Narew et Bug. L'importante cité polonaise de Lwow tomba aussi dans leur escarcelle. Ce partage, fait unique dans l'Europe au cours des siècles, fut le quatrième dans l'histoire de la Pologne après ceux de 1772, 1793 et 1795, lorsque les souverains de la Prusse, de la Russie et de  l'Autriche s'étaient partagés le royaume.

    Claude Bonard

    Photo (d.r.) : Monde-diplomatique.fr

    Source : https://www.persee.fr/doc/geoca_0035-113x_1963_num_38_3_1757

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  • Zurich - 25-26 septembre 1799 - la Suisse champ de bataille de l'Europe

    La Suisse fut le champ de bataille de l'Europe au moment des guerres de la Révolution française et notamment de la deuxième coalition de plusieurs puissances européennes entre 1799 et 1802 pour contenir la France révolutionnaire, voire abattre le régime républicain. On a en effet tendance à oublier aujourd'hui que Français, Russes et Autrichiens se sont affrontés en Suisse, notamment en 1799 au coeur du massif alpin, au Saint-Gothard, en Engadine mais aussi à Zurich à deux reprises où André Masséna, futur duc de Rivoli et prince d'Essling fut victorieux les 25-26 septembre 1799 en battant l'armée russe du général Korsakov. Cette victoire fut déterminante pour les armées de la République et sauva d'ailleurs la France de l'invasion. A noter qu'il y eut deux batailles de Zurich au cours de l’année 1799. La première du 2 au 6 juin 1799, qui vit la victoire de l'armée autrichienne de l'Archiduc Charles qui contraignit Masséna à se replier, abandonnant la ville aux Autrichiens, et la seconde, victorieuse pour les Français les 25 et 26 septembre 1799.

    Illustration :
    Copie de lettre adressée par Masséna depuis son QG de Zurich le 27 pluviôse de l'an 7. L'an 7 correspondait selon le calendrier républicain à l'année 1799. Le mois de pluviôse était le cinquième mois du calendrier républicain. Il correspondait à quelques jours près à la période allant du 20 janvier au 18 février du calendrier grégorien. Il s'agit de photocopies tirées de mes archives suites à mes travaux de recherche au Service historique de la Défense à Vincennes au début des années 70.

    Claude Bonard


    Pour en savoir davantage :

    Masséna lettre 1.jpgDHS : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F8917.php
    lire aussi : https://www.herodote.net/26_septembre_1799-evenement-179909
    A propos de la première bataille de Zurich, lire : https://fr.wikipedia.org/w…/Premi%C3%A8re_bataille_de_Zurich
    A propos de la seconde, lire : https://fr.wikipedia.org/w…/Deuxi%C3%A8me_bataille_de_Zurich
    A propos de Masséna : lire :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Mass%C3%A9na