D'histoire en histoires

  • Genève, je t'aime moi non plus et la mésentente cordiale

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    Presque à chaque fois qu'un membre du gouvernement genevois est interviewé dans la presse locale, les commentaires de lecteurs fusent. Idem s'agissant des réseaux sociaux. Au mieux courroucés, au pire agressifs voire odieux, parfois sous le couvert peu glorieux d'un pseudonyme. Cette mode du « je t’aime moi non plus » et de la mésentente de moins en moins cordiale caractérise de façon croissante les rapports qu’entretiennent les Genevois entre eux et les Genevois envers leurs autorités. Une posture de défiance qui sape les énergies et freine la réalisation de tant d'actions pourtant nécessaires au bien de notre collectivité. On est loin du sentiment qui prévalait il y a bien longtemps à en juger par cet extrait du Registre des Conseils du 10 février 1789 : " Le MC (Magnifique Conseil) est revenu à la salle basse de l'Hôtel de Ville, accompagné du même cortège qu'en allant à Saint-Pierre. Une foule immense de peuple remplissait les rues, de jeunes gens en uniforme très propre, précédés d'une nombreuse musique, tenant en main une longue guirlande de fleurs, ont formé une haye sur le passage du Conseil, et l'ont accompagné jusqu'à l'Hôtel de Ville, où étant arrivés quelques-uns d'entre eux se sont présentés devant Mrs les Syndics et ont chanté en choeur des couplets". Aujourd'hui, en cette période de campagne électorale, à défaut de couplets chantés en choeur,  je rêve à plus de concorde  afin de faire prévaloir le sens de l'intérêt général. On peut avoir des avis qui divergent mais le respect mutuel, ça change la vie  non ?

    Claude Bonard

    Référence : Registre des Conseils, AEG, RC 293 à la date du 10 février 1789

    Illustration : Détail de l'oeuvre intitulée "La réconciliation du 10 février 1789". On la doit à l'artiste Christian-Gottlob Geissler ( 1729-1814). Cette gravure est aussi connue sous le titre du "Retour du Conseil Général tenu le 10 février 1789". Cliché BPU cote G 361.

     
  • Moi, j’ai dit bizarre… bizarre ? Comme c’est étrange...

    Un drôle de drame se joue en Suisse depuis quelques jours. C'est fou la versatilité des opinions sur les réseaux sociaux  mais pas seulement, de la part de ceux qui s'insurgent et s'émeuvent, s'agissant de notre neutralité et de l'implication américaine dans le dossier de Crypto AG, notamment à l'époque de la guerre froide. Au même moment, chacun se félicite du fait que ce soit grâce à une efficace coopération entre les services de renseignement américains et le Service de renseignement de la Confédération (SRC) que l'on a échappé à un attentat qui aurait pu être dévastateur visant les citernes d'hydrocarbures de Vernier ....

    Ce qui me fait dire, à l'instar de Louis Jouvet dans "Un drôle de drame" : Moi, j’ai dit bizarre… bizarre ? Comme c’est étrange... Pourquoi aurais-je dit bizarre… bizarre…

    Claude Bonard

  • Les trolls et nous

    Il y a "troll et troll".... depuis que la situation internationale s'est dégradée , notamment depuis 2014  avec une guerre larvée et  l'occupation de la Crimée par les petits hommes verts plus encore depuis la persistance d'une situation très critique en Libye, en Irak en Syrie, au Soudan ou dans le Kurdistan pour ne citer que ces quelques exemples, sans même parler des tensions persistantes entre l'UE et la Russie, on voit fleurir sur les réseaux sociaux des échanges qui tournent souvent à l'invective. Soit les uns sont accusés d'être des "trolls" au profit de Moscou, et ils sont assez nombreux .... soit les autres sont accusés d'être des "trolls"  pro OTAN ou à la solde de Washington... et ils ne sont pas moins nombreux.... Alors d'où vient cette appellation de "troll" ? ce mot ferait référence une créature monstrueuse et vindicative du folklore scandinave et plus précisément norvégien.  Voilà pour la légende. Plus sérieux ( hélas), aujourd'hui, en matière d'information mais surtout de désinformation, un troll caractérise un individu, le plus souvent tout ce qu'il y a de plus honorable, respectable et bien établi, ou une officine de communication ayant pignon sur rue, ayant pour objectif de générer et de distiller des nouvelles "fabriquées" légitimant un point de vue ou une doctrine. Et hélas, les "trolls" semblent fleurir de nos jours et font irruption dans notre quotidien. On les repère en suivant les échanges de message sur un forum ou à l'occasion d'un débat. « Troller », c'est une technique qui vise à créer artificiellement une controverse qui focalise l'attention aux dépens des échanges et de l'équilibre objectif d'une conversation ou d'une argumentation. Accuser quelqu'un d'être un « troll » vise à décrédibiliser un interlocuteur. Les "trolls" sont la preuve d'une impossibilité d'échange dans la compréhension mutuelle. Conclusion, vu que la situation géopolitique internationale ne s'améliore pas, les "trolls" hélas Troll.jpegun bel avenir devant eux. Sur ce triste constat, un seul remède : garder son esprit critique. Et sans arrière-pensée "trollesque", je vous souhaite une bonne journée.

    Claude Bonard

    A propos des Trolls, source : https://www.liberation.fr/futurs/2017/07/17/d-ou-vient-l-expression-troll-sur-internet_1584412

    Illustration : troll, wikipedia (d.r.) 

  • En 1801, la Légion polonaise de Bonaparte passe par Genève

    En 1801, les Polonais de Bonaparte passent par Genève. Après la paix de Lunéville du 9 février 1801 entre la France et l'Autriche, Bonaparte plaça sa Légion polonaise au service du Roi d'Etrurie. Sous le commandement du futur général Kniaziewicz, la Légion fut dès lors dirigée par la Suisse vers la Toscane. Divisée en quatre colonnes de 1100 à 1300 hommes, elle marcha selon l'itinéraire suivant : Zurich, Zofingue, Langenthal, Berne, Fribourg, Bulle, Lausanne, Rolle et Genève.
    La lettre publiée ci-dessous informe Ange-Marie d'Eymard, Préfet du département du Léman, du passage par Genève de la Légion polonaise se rendant en Toscane. Il serait intéressant de savoir si cette troupe n'a fait que passer et seulement si elle s'est ravitaillée à Genève avant de poursuivre sa route.Gebève Kniazieskkwi.jpg

    Claude Bonard

  • 8 février 1807, "Petit Louis", musicien genevois, survit à la boucherie d'Eylau

    Le 8 février 1807 se déroule la bataille d'Eylau, aujourd'hui Bagrationovsk près de Kaliningrad. Les 35'000 hommes de la Grande Armée de Napoléon 1er  sont épuisés par onze jours de marche dans la neige. Face à eux, 72' 000 Russes et Prussiens. L'affrontement est terrible et les pertes  considérables : 14'000 tués et blessés  chez les Français, 23'000 chez les Russes et les Prussiens. Un Genevois, Jean-Louis Sabon surnommé “Petit Louis”, musicien militaire Sabon.jpg participe à l'affrontement. Voici la description qu'il fait de cette boucherie : “ J'avais 16 ans à peine, j'étais donc susceptible plus que d'autres, d'éprouver à la vue d'un pareil massacre une impression profonde, qui fit que j'en perdis le besoin de boire et de manger, et que je ne sentis plus la fatigue que j'éprouvais. Au bout de peu de temps je repris mon insouciance ordinaire, et je revis tout en beau comme par le passé. Quoique j'eusse sous les yeux un tableau hideux, dégoûtant, monstrueux ; il neigeait avec cela, puis il dégelait. On voyait là couchés plus de soixante bataillons carrés qui avaient été hachés par la mitraille et aussi par des charges de la grosse cavalerie des russes ; chacun était mort à son poste, depuis le soldat jusqu'aux serre-file, sergents-majors et officiers. La plupart des curieux reconnaissaient dans les morts des “pays”, des enfants de son village, des amis du collège”Après la chute de l'Empire, "Petit Louis" sert le roi Louis XVIII comme chef de musique puis à nouveau l'Empereur. A  Waterloo, il est appelé à s'occuper des blessés. Fait prisonnier par les Prussiens, il est rapidement libéré. Il reprend du service en France au sein du 1er Régiment suisse de la Garde royale au sein duquel une compagnie genevoise est commandée par le capitaine Frédéric-Louis Rilliet-Necker. Après la révolution de juillet 1830, “Petit-Louis” rentre à Genève. Les autorités  lui confient le 26 février 1832 la direction de la Musique militaire du Premier District, forte de 40 hommes. Dès cette époque aucune fête ou solennité genevoise n'est organisée sans que l'on mît sur pied la “Musique Sabon”, l'ancêtre de notre Landwehr actuelle – Orchestre d'Harmonie de l'Etat de Genève.

    Claude Bonard

     

    Source : Claude Bonard :  Histoire du Corps de Musique de Landwehr 1783-1789-1989