Décembre 1813 à juin 1815, Genève nourrit les « Estomacs d'Autriche »

Dans son ouvrage publié en 1911 intitulé « 1814 - roman historique genevois » Théodore Aubert nous brosse le portrait savoureux de madame Rosine, l'épouse de Narcisse, le tenancier de l'hôtellerie du Lion d'Or à Nyon dont le désespoir est perceptible après le passage de la soldatesque autrichienne en marche sur Genève  : « Ces affamés, ces assoiffés payaient avec de jurons, accaparaient tout ce qui pouvait être englouti et saccageaient la salle à boire en poussant des hurlements incompréhensibles. Ces soudards m'ont ruinée ! Glapissait-elle après le départ des soudards ! » Un autre auteur genevois, Louis Dumur, à la plume facétieuse publia un roman en 1913 sous forme d'un feuilleton au titre évocateur “Un estomac d'Autriche” qui évoque aussi Genève au moment de l'arrivée des régiments “libérateurs” du comte Ferdinand von Bubna et Littitz. Un ouvrage judicieusement réédité chez Infolio en 2014.

Avec l'arrivée des Autrichiens, d'énormes quantités de vivres, de boissons et de fourrages sont réquisitionnés jour après jour pour ravitailler les hommes et les chevaux. Un casse-tête pour la population genevoise. Les gens de Piogre effarés affublèrent les Autrichiens du sobriquet d' “Estomacs d'Autriche” . Et il y avait de quoi lorsque l'on découvre la liste des troupes ayant passé par Genève et qui y ont pris leurs quartiers. Des milliers de bouches à nourrir alors que la situation du ravitaillement laissait à désirer : du 30 décembre au 30 janvier 1814, les régiments Reuss Greitz, Wenzel Kaunitz, Vogelsang, Wenzel Colloredo Albert Gyulay, séjournèrent à Genève. Puis du 1er février 1814 au 27 mars 1814 ce fut le tour des régiments Archiduc Charles, Hohenlohe - Bartenstein, Chasteler, Bianchi. Ils furent suivis du 28 mars au 31 décembre 1814 par les régiments Kaiser Franz, Zach, Freihlich, Prince de Ligne, Simbschen, Josef Colloredo,  Enfin, du 1er janvier 1815 au 30 juin 1815, les régiments Archiduc Ludwig et Lusignan prirent leurs quartiers à GenèveRestauration Autriche.jpgExcusez du peu ! On comprend mieux pourquoi c'est avec un soulagement non dissimulé que Madame Rosine à Nyon et les Genevois ensuite ont vu partir ces encombrants “Estomacs d'Autriche” .

 

Claude Bonard

 

Sources : David Foldi in : Le Brécaillon, Bulletin de l'Association du Musée Militaire Genevois, No 9, février 1988, pp. 34-40.

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