D'histoire en histoires

  • 1er août 1944 Varsovie, une brochure genevoise éveille les consciences

    Le 1er août, Varsovie va marquer comme chaque année le souvenir de l'insurrection qui débuta le 1er août 1944 à 17h00 pour se terminer le 2 octobre 1944. Varsovie, une métropole qui comptait 1Mio 300'000 habitants en septembre 1939 et qui n'en comptait plus que quelques centaines en mai 1945.

    En Suisse, en cet été 1944, l'insurrection de Varsovie, personne ou presque n'en parlait. La population, surtout en Suisse romande, se passionnait pour les combats qui se déroulèrent du 19 au 25 août afin de libérer Paris. Pourtant, en décembre 1944, soit tout juste deux mois après la défaite des insurgés varsoviens, les Editions de la Frégate à Genève publiaient une brochure intitulée “Varsovie 1944” sous la plume d'André Lenoir, avec une préface de Georges Rigassi, journaliste vaudois bien connu à l'époque qui fut tout d'abord rédacteur à l'agence télégraphique suisse à Bâle avant de devenir rédacteur en chef puis directeur de la Gazette de Lausanne en 1939.

    Grâce à cette Varsovie brochure Genève.jpgpublication, imprimée sur les presses de l'imprimerie du "Courrier" à Genève", l'histoire tragique de Varsovie commença à être connue en Suisse romande. Les troupes de l'Armée rouge finirent par "libérer" la capitale polonaise le 17 janvier 1945 . La ville était détruite à 85% et vidée de ce qui restait de la population. Les 350 000 civils qui avaient survécus aux combats qui se terminèrent le 2 octobre 1944 avec l'échec de l'insurrection avaient fui ou avaient été déportés en Allemagne. Les pertes, terribles, s’élevèrent à 20'000 insurgés tués et 25'000 blessés. S'agissant des civils, on dénombra entre 160'000 et 180'000 morts et des milliers de blessés et de disparus. Du côté nazi, 17'000 militaires et miliciens auxiliaires furent tués et 9'000 blessés.

    En Suisse, on a su .... mais Varsovie c'était bien loin ...

    Claude Bonard

  • Le premier août approche, petite histoire du drapeau fédéral

    Puisque le 1er août approche, je vous propose cette petite histoire du drapeau suisse ou plus exactement du drapeau fédéral, sachant toutefois que le port de la croix blanche sur un pourpoint remonte à la bataille de Laupen opposant Berne à une coalition de seigneurs en 1339. Pour se distinguer de leurs adversaires, et c'était une coutume fréquente à l'époque, les combattants bernois avaient cousu pour signe de ralliement une croix blanche sur leur vêtement. Ce n'est donc pas un drapeau puisque chaque canton avec sa propre bannière et les alliés des Suisses également.  En campagne, depuis l'ordonnance fédérale de 1817, les troupes cantonales arboraient en service fédéral, un brassard à croix suisse. L'histoire du drapeau fédéral est intéressante à plus d'un titre. Les historiens ne sont pas tous d'accord entre eux s'agissant de la date de la création de notre drapeau tel qu'il est aujourd'hui. Toutefois la plupart en attribuent la paternité au général Guillaume-Henri Dufour qui s'exprime ainsi dans ses mémoires : " Je me suis engagé à fond en faveur de l'adoption du drapeau fédéral pour toute l'armée et je ne l'ai obtenue qu'après dix ans d'efforts." A de nombreuses reprises, dès 1831 Dufour défendit l'idée d'un emblème unique pour les troupes d'une armée qui n'était pas encore fédérale. Il faudra du temps. C'est en vertu de la Constitution de 1848 et surtout de la "Loi fédérale sur l'habillement, l'armement et l'équipement de l'armée" du 27 août 1851 en son article 62 que l'idée du drapeau devient réalité. D'autres sources qui décrivent l'histoire du drapeau à croix fédérale ne mentionnent pas du tout Dufour. On lit par exemple que la création du drapeau suisse est l'oeuvre en 1800 du futur général Franz von Bachmann né à Näfels en 1740. L'ancien archiviste de la Confédération Léon Kern dans son ouvrage publié en 1948 ne mentionne pas Dufour, pas plus que l'historien Robert Mader en 1942, ni d'ailleurs le capitaine de Vallière dans son ouvrage "Honneur et fidélité".
    L'article le plus récent consacré à l'histoire de la croix fédérale et du drapeau suisse est celui publié dans le Dictionnaire Historique de la Suisse, qui rappelle l'engagement de Dufour en faveur de la création du drapeau tel que nous le connaissons aujourd'hui. Un hommage bien mérité.
     
    Claude Bonard 
     
     
    Lire : Mühlemann Louis : Armoiries et drapeaux de la Suisse - recueil officiel des armoiries et drapeaux pour les 700 ans de la Confédération, Editions Bühler AG, CH--Lengnau, 1991
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

  • Corée, un armistice qui dure depuis 68 ans ...

    27 juillet 1953 :
    L'armistice, toujours en vigueur aujourd'hui, consacre le retour au “Statu quo ante bellum en Corée. Une Commission de Surveillance des Nations Neutres pour l'Armistice en Corée est alors créée. Cet organisme qui porte le nom de “Neutral Nations Superviser Commission” (NNSC) est basé à Panmunjeom, ( ou Pan Mun Jon ), nom d'un ancien village aujourd'hui disparu de la zone démilitarisée situé en Corée du Nord à moins de 500 mètres de la frontière entre les deux Corées, dans la province de Hwanghae du Nord. La NNSC était composée à l'origine d'officiers Suisses et Suédois d'une part, Polonais et Tchèques d'autre part. C'est le 7 juillet 1953, que le Conseil fédéral décida de l’envoi de militaires suisses non armés pour surveiller le respect de l’armistice coréen. Au départ, le contingent suisse en Corée comptaitCorée SVMM 1.jpg pas moins de 146 militaires. Avec leurs confrères suédois, avec les représentants de la partie adverse, Tchèques et Polonais, leur mission consistait, comme aujourd'hui, à veiller au respect du traité d’armistice dans la partie sud de la zone démilitarisée (DMZ), qui est en fait une des régions les plus militarisées du monde. Les Suisses et les Suédois sont aujourd'hui encore sur la ligne de démarcation avec plusieurs officiers.
     
    Claude Bonard 
     
     
    Photo capitaine Robert Bonard, Corée, 1954

  • Le destin tragique de l'éphémère Napoléon II

    Napoléon II.jpg

    22 juillet 1832 - 22 juillet 2021, 189e anniversaire de la disparition de l'Aiglon. Né en 1811, François Joseph Charles Bonaparte éphémère Napoléon II qui avait reçu le titre de roi de Rome à sa naissance était le fils de Napoléon et Marie-Louise d'Autriche. Sa mère ayant fui la France avec son fils au moment de la première abdication de Napoléon 1er, l'enfant, déraciné, vivra désormais dans une cage dorée à Vienne où son grand-père l'empereur François 1er d'Autriche lui décerna le titre de duc de Reichstadt. Tout fut fait pour faire en sorte que le jeune prince oublie ses origines françaises. Devenu Franz Herzog von Reichstadt, il mourra de la tuberculose à l'âge de 21 ans. Sa dépouille fut "rendue à la France" sur décision d'Adolf Hitler et transférée aux Invalides, à Paris en 1940 lors une pompeuse et sinistre mise en scène orchestrée par l'occupant nazi. Napoléon II repose dans la crypte des Invalides à Paris, au pied du tombeau de son père. Pour connaître la tragique et incroyable odyssée de la sépulture du fils de l'Empereur, je vous recommande le livre de Georges Poisson " Le retour des cendres de l'Aiglon", publié en 2006 aux éditions du Nouveau Monde à Paris. Un vrai roman policier !

    Claude Bonard

  • Where is Normandy ?

    "Where is Normandy ?"
    En cette veille d'anniversaire du 6 juin 1944, je voudrais rappeler la mémoire de ceux qui sont tombés sur ces plages si tranquilles aujourd'hui ainsi que ceux qui ont perdu la vie dans le bocage normand après avoir été parachutés. Des jeunes hommes, presque des adolescents dont beaucoup ignoraient où était la France et qui entendaient parler de la Normandie pour la première fois. Au cours des opérations aéroportées de la nuit du 5 au 6 et du débarquement de la journée du 6 juin, la 82e Airborne américaine comptera 1259 tués, disparus et blessés et la 101e division aéroportée 1240. Au total, plus de 156'000 hommes furent engagés lors du D-Day. Américains, Britanniques, Canadiens, sans oublier les Français du commandant Kieffer et les Polonais qui suivirent avec d'autres contingents étrangers combattant sous les drapeaux des alliés. Env. 140'000 hommes ont réussi à débarquer sur le sol français malgré les incertitudes du combat, les aléas météorologiques et les erreurs de planification et de commandement. En face, farouchement accrochés au terrain de la côte normande derrière les blockhaus du Mur de l'Atlantique et dans le bocage, ils trouvent les troupes allemandes qui ne lâchent rien. Entre les deux, les populations civiles et les cités et villages qui vont payer un lourd tribut.
     
    Les bombardements massifs des villes normandes et des noeuds de communication causèrent la mort de 2500 civils. Au soir du 6 juin, les pertes étaient lourdes et ce n'était que le début d'une bataille meurtrière :
     
    - Pertes américaines : 6 603 hommes
    - Pertes britanniques : 3 000 hommes
    - Pertes canadiennes : 946 hommes
    - Pertes françaises (commando Kieffer) : 10 hommes
    - Pertes de la résistance : 124 prisonniers, tués blessés et disparus.
    - Pertes allemandes : de 7 000 à 9 000 hommes
     
    Les trois cinquièmes des pertes alliées se sont produites sur la plage Omaha. Les chiffres divergent selon les sources, mais l'ordre de grandeur est crédible. Les pertes seront encore très nombreuses au cours des semaines qui suivront le débarquement.
     
    Claude Bonard 
    Normandie Hoc.jpg
    Source : Eddy Florentin : Les 5 plages du 6 juin, Guides Historia-Tallandier, 1988, ISBN 2 235 01776 2