• 1er septembre 1939, un jour noir pour la Pologne et pour le monde

    Le 1er septembre 1939 , au moment où les canons du cuirassé Schleswig-Holstein crachent leur feu et bombardent Westerplatte à proximité de Gdansk ( Dantzig), fière de ses traditions l’armée polonaise est prête au combat. Elle est pourtant sous-équipée en artillerie, en chars de combats, en canons anti-aériens et en avions militaires par rapport à la France, à l’Allemagne et à l’Union Soviétique. Cette situation découle du niveau limité de l’industrialisation du pays et du manque de ressources financières dévolues au budget d’armement. Néanmoins, si l’on compare avec l’armée suisse au moment de la mobilisation de 1939, cette armée possède un armement nettement supérieur. Ces troupes motivées et robustes ne pourront pas faire face longtemps à une lutte sur deux fronts, l’Armée rouge venant les poignarder dans le dos en engageant les hostilités contre la Pologne le 17 septembre 1939. Si suis enclin à partager avec mes amis polonais un certain esprit romantique, celui-ci a ses limites. Il a conduit par exemple à des tragiques erreurs tactiques à l'image de celle de ces cavaliers polonais chargeant le 1er septembre non pas contre des chars blindés allemands comme on l'a écrit trop souvent par erreur, mais contre des unités d'infanterie appuyées par des engins mécanisés dans la forêt de Tuchola en Poméranie. Pourtant, la courageuse armée polonaise ne rendit pas totalement les armes. Plusieurs unités continuèrent  la lutte aux côtés des Alliés en ayant notamment rejoint la France après un périple incroyable. Quant aux pilotes et aux marins polonais, ils s'illustrèrent  très tôt aux côtés de la Royal Air Force et de la Royal Navy, réussissant partiellement à sauver leurs avions et leurs navires.

    Dès 1940, nos concitoyens eurent aussi l’occasion de rencontrer un peu partout sur le territoire suisse pendant cinq ans ces soldats polonais, soit les hommes de la 2ème division polonaise de chasseurs à pied du général Bronislaw Prugar-Ketling ( « 2. Dyw. Strzelcow Pieszych »). A l’issue de combats retardateurs acharnés menés contre les troupes allemandes, notamment à Maîche et au Clos du Doubs, le général Bronislaw Prugar-Ketling se trouva dans une situation intenable. Il prit la décision de passer en Suisse. Dès le 19 juin 1940 au soir, près de 13’000 soldats polonais passèrent la frontière et gagnèrent Saignelégier. Malgré la défaite et l’internement, les militaires polonais impressionnèrent  la population des Franches-Montagnes par leur tenue et leur discipline. Au cours des années de »Mob », en règle générale, la population suisse manifesta des sentiments empreints de sympathie et de bienveillance à l’égard des polonais internés qui ont joué un rôle significatif au profit du pays qui les accueillait, notamment dans le cadre de la mise en oeuvre du plan Wahlen.Polonais Prugar.jpg

    L'écrasement de la Pologne a surtout conduit aux horreurs d'une occupation partagée du pays et à l'extermination de la communauté juive établie dans le pays depuis le Xe siècle. Avec les insurrections de 1943 dans le ghetto de Varsovie et celle du 1er août 1944 à Varsovie, l'honneur de la nation polonaise a été sauf et a permis de démontrer que le bien triomphait du mal. A quel prix ! La Pologne y a perdu ses meilleurs éléments et toute sa jeunesse disparue dans ces combats meurtriers et sans issue. Il serait bon de ne pas l'oublier au moment où, sur les bords de la Vistule et à Gdansk notamment, de nombreuses personnalités de la communauté internationale sont réunies en ce 1er septembre 2019 en souvenir  d'un jour qui,  il y a quatre-vingts ans, marqua  le début d'une tragédie qui allait emporter l'humanité.

    Claude Bonard

  • Décédé le 30 août 1483, le roi de France Louis XI joua un mauvais tour aux foires de Genève

    Le 30 août 1483, le roi de France Louis XI rendait son dernier soupir en son château de Plessis-lez-Tours en Indre-et-Loire. Surnommé l '« universelle aragne *» en raison de la manière sournoise et rusée avec laquelle il constituait ses réseaux et conduisait son action politique et diplomatique. *

    Louis XI ne laissa pas de bons souvenirs aux Genevois puisque c'est lui qui, voulant promouvoir les foires de Lyon, édicta des mesures contre les foires de Genève. Progressivement, nos foires perdirent de leur importance et cessèrent d'être l'une des principales plaques tournantes du commerce international. Comme quoi, rien n'est définitivement acquis et nous devons nous en souvenir aujourd'hui.

    Et parmi les banquiers et marchands qui firent la fortune de Lyon, on trouvait un certain Hans Kleberger né le 6 février 1485 à Nuremberg et décédé le 6 septembre 1546 à Lyon. Ce personnage a d'ailleurs sa statue à Lyon sur le quai Pierre Scize. Travaillant pour le compte des banquiers Imhoff et Pirkheimer et une fois fortune faite à Lyon, notre "bon Allemand" qui ne voulait pas mettre tous ses œufs dans le même panier acheta en 1539  des terres à Genève à proximité du Rhône. Les Genevois, de même que les Lyonnais d'ailleurs, toujours en délicatesse avec la langue allemande prononçaient son nom Kleberger, Kleeberger, Cleberge ou Cleber. Malgré la construction de sa maison à Genève, c'est pourtant à Lyon que reviendra cet homme d'affaires avisé qui accédera même à la charge enviée de Conseiller. Aujourd'hui à Genève, son souvenir demeure à proximité de l'endroit où Hans Kleberger avait sa propriété, à l'endroit où se trouvent les Bergues et la rue Kléberg.

    * L'expression « Universelle aragne » peut se traduire par « Grande Araignée » . On doit ce terme à Georges Chastelain, chroniqueur des ducs de Bourgogne qui étaient les principaux adversaires du rusé roi Louis XI.

    Foires de Genève.pngIllustration,  les foires de Genève, détail de la planche No 7 de l'Histoire de Genève racontée par l'image, Edouard Elzingre et André Corbaz, Genève, Atar, 1921 (d.r.)

  • En marge du prochain Jeûne genevois, les destins croisés de Genève et Lyon

    Plusieurs auteurs de qualité dont Catherine Santschi, Olivier Fatio et Benjamin Chaix ont publié des textes à propos de l'origine du Jeûne genevois et de la tarte aux pruneaux que l'on déguste traditionnellement le jeudi qui suit le premier dimanche de septembre. Ils ne m'en voudront pas, je l'espère, de me référer à leurs écrits dans ce court article. Généralement, il est d'usage de faire remonter l'origine du premier Jeûne documenté à Genève à l'année 1567 en signe de solidarité avec les protestants de Lyon victimes de répression. Si l'hypothèse des persécutions lyonnaises de 1567 contre les réformés est défendable quant à l'origine de notre Jeûne genevois, ce n'est pas la seule. Le professeur Olivier Fatio est nettement plus nuancé : « Il ne fut ni le premier ni le seul. Le jeûne est une ancienne célébration dont les premières manifestations remontent, à Genève, a début de la Réforme. (…) comme le dit Calvin : « quand le ventre est plein, l'esprit ne se peut pas si bien eslver à Dieu pour être incité d'une affection ardente à prières.” Et Olivier Fatio d'ajouter malicieusement : “il est amusant de constater que le Jeûne genevois avait été rayé de la liste des jours fériés officiels en 1869 et qu’il a été rétabli par une loi du 1er février 1966 sans que l’Eglise ait manifesté un quelconque intérêt à ce sujet. En fait, il a bénéficié de divergences au sein du Grand Conseil à propos du 1er mai ! » (citations tirées du site : http://epg.ch/jeune-genevois/).

    Telle est donc l'origine des jeûnes qui consistent à “offrir sa faim au profit d'une cause”. Mais l'estomac ayant tout de même ses exigences, il fallait tout de même prendre quelques forces. C'est ainsi que l'on prit l'habitude de confectionner des tartes aux fruits la veille de la date prévue pour le jeûne. ! Et quoi de mieux comme fruit que de cueillir des pruneaux cultivés dans nos régions d'août à septembre !

    Lyon sac de .jpegCeci étant rappelé, je vous propose tout de même de nous intéresser à ce qui s'est passé à Lyon en 1567, ne serait-ce que parce qu'il se pourrait que les Genevois aient indirectement contribué aux événements qui, par ricochet, ont conduit à la répression catholique contre les protestants lyonnais en 1567 et en 1572. En effet, en 1562, Lyon est convoitée par les protestants. Les Genevois mettent alors à la disposition du baron des Adrets, une escouade de 50 cavaliers afin de renforcer son armée qui marche sur Lyon. Un homme redoutable et cruel que ce François de Beaumont, baron des Adrets qui sert tout d'abord le parti protestant avant de mettre son épée au service du parti catholique. Partout où il passe, c'est la désolation. A Lyon, son armée à laquelle est vraisemblablement rattaché le détachement de la cavalerie genevoise met la ville à sac. L'occupation « musclée » de Lyon par les protestants prendra fin le 15 juin 1563. En 1567, c'est l'explosion. Les protestants tentent un coup de force armé pour reprendre le pouvoir. L'affaire est manquée et la répression du parti catholique s'abat sur leur communauté. Beaucoup perdent la vie ou tentent de fuir la cité. C'est le cas de la famille du potier d'étain Pierre Royaume qui séjourne à Genève une première fois en 1569 pour s'y établir définitivement avec son épouse, Catherine Cheynel en 1572, point culminant de la violence envers les protestants dans la capitale des Gaules. En effet, quatre jours après la Saint-Barthélémy parisienne, des centaines de protestants sont massacrés à Lyon. Claude Goudimel, harmonisateur des psaumes de la Réforme dont le célèbre psaume 124 bien connu des Genevois, chanté chaque année à Saint-Pierre à l'occasion de la commémoration de l'Escalade, est au nombre des victimes. On le voit, l'hypothèse d'un jeûne institué à Genève en 1567 en témoignage de solidarité avec les protestants lyonnais peut s'expliquer vu la proximité qui existe entre les deux villes. Quant au Jeûne fédéral, c'est en 1832 seulement qu'il sera instauré et fixé au troisième dimanche de septembre sur proposition du canton d'Argovie en tant que jour d’action de grâces et de  pénitence pour toute la Confédération, à l'exception de Genève qui garda son Jeûne genevois le jeudi qui suit le premier dimanche de septembre. Tiens... déjà une Genferei !

     

    Claude Bonard

     

  • Libération de Marseille - 28 août 1944- vous m'avez lu parce que j'étais Genevois ...

    J'avais 17 ans en 1963. Vous m'avez découvert, vous m'avez lu, vous m'avez entendu, vous m'avez répondu, vous avez encouragé mon oeuvre. Vous m'avez soutenu. Vous avez lu l'ébauche de mon premier livre et vous l'avez positivement critiquée. Vous m'avez encouragé à poursuivre. Nous avons échangé de multiples courriers vingt ans après les événements de 1944. A l'époque Internet et les portables n'existaient pas ... Français, Allemands, Américains, vous avez cru en moi. Nous nous sommes rencontrés, vous m'avez accueilli chez vous, en Allemagne, en France, nous avons discuté, vous m'avez aidé, vous m'avez fourni des documents inédits et inestimables parce que j'étais né après la guerre et que j'étais suisse. .... une expérience de vie inoubliable alors que tant d'années se sont écoulées depuis 1944. Rétrospectivement, merci à vous tous  ... Général de Goislard de Monsabert, Generalleutnant Hans Schaefer, Général Augustin Guillaume. Général Boyer de Latour du Moulin, Korvettenkapitän Hermann Polenz, Generalleutnant von Wietersheim, Colonel Melvin Zais, Mme Edmonde Charles-Roux, Monsieur Gaston Defferre. Que de beaux souvenir tant d'années après..... grâce à vous, j'ai eu le privilège incroyable pour un jeune citoyen suisse de vivre l'Histoire avec un grand "H" en direct ! ... et d'écrire à deux reprises sur les combats pour la libération de Marseille d'aoMarseille bombardement Notre-Dame.jpgût 1944. 

    Claude Bonard

  • 15 août 1769, naissance à Ajaccio de l'homme qui enfuma les crédules Genevois

    Boizot_Bonaparte-General_MLi.jpg15 août 1769, naissance il y a 250 ans de Napoléon Bonaparte à Ajaccio. Aujourd'hui, Napoléon ne passionne plus grand monde à Genève. Toutefois, les historiens et les amoureux de l'histoire genevoise se souviennent que celui qui n'était encore que le général Bonaparte, a enfumé les Genevois lorsqu'il s'est arrêté à Genève les 21 et 22 novembre 1797 après la signature du traité de Campo-Formio en Vénétie mettant fin à la guerre entre la France et l'Autriche. Il a superbement berné les Genevois en les rassurant quant à leur indépendance et en leur disant "qu'une République de 30 000 âmes était aussi respectable à ses yeux qu'une de 30 millions." Bonaparte était alors en route pour le congrès de Rastatt dans le Bad -Wurtemberg en faisant après Genève, étape à Lausanne, Morat, Berne Soleure et Bâle. Le journaliste Pierre Grellet a consacré en 1946 un ouvrage caustique détaillant ces événements  intitulé "Avec Bonaparte de Genève à Bâle".

    Les Genevois ont cru le vainqueur d'Italie et mal leur en a pris puisque le 15 avril 1798 les troupes du Directoire envahissaient Genève, commandées, ironie du sort,  par un général d'origine genevoise, banni de la Cité en 1782, Jean-Pierre Girard. Genève perdit alors son indépendance devenant le simple chef-lieu de l'un des 130 départements français, celui du Léman. Une seule bonne chose dont se souviennent aujourd'hui les passionnés de politique genevoise ... depuis 1800 la ville fut administrée par un maire, deux adjoints et un conseil municipal. Bonaparte se souciait alors de Genève  comme de sa première chemise puisqu'il embarquait  à Toulon le 19 mai 1798 en route pour l'Egypte.

    Seconde visite de Bonaparte alors Premier Consul à Genève : En 1800, devenu Premier Consul en route pour le Valais. Son armée se préparait à franchir le Grand Saint-Bernard pour surprendre les Autrichiens à Marengo. Il fit une étape à Genève du 9 au 12 mai et fut reçu fort aimablement. Son esprit était pourtant ailleurs même s'il prit le temps de recevoir tout le "gratin" genevois.

    Au cours des guerres de l’Empire, près d’un millier de soldats de Genève et du Département du Léman sont morts au combat ou ont été portés disparus, en Prusse orientale, en Russie ou en Catalogne, en défendant une cause qui n’était pas la leur. Tous les Genevois  ne furent pourtant pas opposés au nouveau régime et plusieurs d'entre-eux s'illustrèrent dans les armées de l'Empire dont Guillaume-Henri Dufour qui sera officier du Génie et qui défendit Corfou contre les Anglais, Jean-Louis Sabon, chef de musique dans la Grande-Armée, Jean-Louis Rieu,  qui servit dans l'artillerie de marine à Brest et enfin dans l'artillerie avant de faire  la campagne d'Allemagne et de finir  prisonnier de guerre en Lituanie et  en Russie. Jean-Louis Rieu fut  ensuite quatre fois Premier Syndic à Genève entre 1834 et 1840. 

    Quant à  l'infortunée première épouse du général Bonaparte, Joséphine de Beauharnais, impératrice répudiée en 1809, elle tenta de se consoler chez nous en achetant  le château de Pregny où elle passa  un bel été en 1812. Ayez une pensée pour elle lorsque serez en ballade au chemin de l'Impératrice  !

    Ainsi va la vie.

    Claude Bonard