• Zurich - 25-26 septembre 1799 - la Suisse champ de bataille de l'Europe

    La Suisse fut le champ de bataille de l'Europe au moment des guerres de la Révolution française et notamment de la deuxième coalition de plusieurs puissances européennes entre 1799 et 1802 pour contenir la France révolutionnaire, voire abattre le régime républicain. On a en effet tendance à oublier aujourd'hui que Français, Russes et Autrichiens se sont affrontés en Suisse, notamment en 1799 au coeur du massif alpin, au Saint-Gothard, en Engadine mais aussi à Zurich à deux reprises où André Masséna, futur duc de Rivoli et prince d'Essling fut victorieux les 25-26 septembre 1799 en battant l'armée russe du général Korsakov. Cette victoire fut déterminante pour les armées de la République et sauva d'ailleurs la France de l'invasion. A noter qu'il y eut deux batailles de Zurich au cours de l’année 1799. La première du 2 au 6 juin 1799, qui vit la victoire de l'armée autrichienne de l'Archiduc Charles qui contraignit Masséna à se replier, abandonnant la ville aux Autrichiens, et la seconde, victorieuse pour les Français les 25 et 26 septembre 1799.

    Illustration :
    Copie de lettre adressée par Masséna depuis son QG de Zurich le 27 pluviôse de l'an 7. L'an 7 correspondait selon le calendrier républicain à l'année 1799. Le mois de pluviôse était le cinquième mois du calendrier républicain. Il correspondait à quelques jours près à la période allant du 20 janvier au 18 février du calendrier grégorien. Il s'agit de photocopies tirées de mes archives suites à mes travaux de recherche au Service historique de la Défense à Vincennes au début des années 70.

    Claude Bonard


    Pour en savoir davantage :

    Masséna lettre 1.jpgDHS : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F8917.php
    lire aussi : https://www.herodote.net/26_septembre_1799-evenement-179909
    A propos de la première bataille de Zurich, lire : https://fr.wikipedia.org/w…/Premi%C3%A8re_bataille_de_Zurich
    A propos de la seconde, lire : https://fr.wikipedia.org/w…/Deuxi%C3%A8me_bataille_de_Zurich
    A propos de Masséna : lire :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Mass%C3%A9na

  • Flavius Aetius un personnage auquel indirectement, Genève doit beaucoup.

    L'an dernier j'avais déjà rappelé la mémoire du Romain Flavius Aetius, un personnage auquel, indirectement, Genève doit beaucoup. Vu la suppression de mon premier blog hébergé par la Tribune de Genève, mon texte avait  disparu des écrans au propre comme au figuré. Aetius méritant mieux que l'oubli, voici donc à nouveau quelques lignes à son sujet. Peu d'entre nous se souviennent de Flavius Aetius, chef de guerre de l'armée de l'empire d'Occident sous le règne de l'empereur Valentinien III. Ce sénateur de Rome fut assassiné le 21 septembre 454. L'historien Justin Favrod nous dit dans son ouvrage consacré aux Burgondes que c'est Flavius Aetius aidé de mercenaires Huns qui arrêta les Burgondes qui fonçaient sur l'actuel territoire de la Belgique en 436. Justin Favrod nous rappelle aussi que c'est une notice placée sous l'année 443 après J.-C d'une chronique anonyme du 5e siècle qui relève que “La Sapaudia fut donnée aux débris du peuple Burgonde pour être partagée avec les indigènes”. Or Sapaudia veut dire “le pays des Sapins” et ce territoire couvrait en gros Genève et sa région, une partie du Plateau suisse et aussi de la Savoie actuelle. Les livres d'histoires du temps de nos grands-parents relevaient que les Burgondes étaient considérés “comme les plus doux des barbares gouvernés par un roi”. Les Genevois connaissent bien l'un d'entre-eux, Gondebaud, qui a sa statue encastrée dans une façade à la place du Bourg-de-Four. En effet, Genève puis Lyon furent la capitale des Burgondes. Donc résumons : Sans le geste magnanime de Flavius Aetius, nous n'aurions pas eu de “Sapaudia”, pas de pays des Sapins, donc pas de Savoie. Les “gentils” Burgondes, les plus doux des barbares, n'auraient pas fait de Genève leur capitale même si leur royaume fut absorbé plus tard par les Francs en 534. Pour le surplus, nous n'aurions pas la chance d'avoir eu un roi au Ve siècle à Genève. C'est donc la moindre des choses que d'avoir aujourd'hui une pensée pour Flavius Aetius mort assassiné il y a 1565 ans aujourd'hui !

    Sources : Justin Favrod, Les Burgondes, un royaume oublié au cœur de l'Europe, collection le savoir suisse, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2002, 142 p.

    Louis Binz : Brève histoire de Genève, Genève, Chancellerie d'Etat, 1981, 78 p.Aetius-Flavius.jpg

  • Brexit : le Premier ministre britannique rêve de députés "Godillot"

    Les récents débats relatifs au Brexit au parlement britannique ont montré que plusieurs députés conservateurs n'ont pas soutenu la position officielle défendue par le Premier Godillot.jpegministre Boris Johnson. M. Nicholas Soames, petit-fils de Sir Winston Churchill et d'autres de ses collègues de parti ont été manu militari  exclus du parti conservateur. Par leur attitude, ces députés ont démontré qu'ils était tout sauf des "députés Godillot". Ce néologisme désigne péjorativement les parlementaires qui suivent sans discuter les consignes de vote de leur parti. En France, au cours des grandes années de la présidence du général de Gaulle, le Canard Enchaîné avait même publié un “Dictionnaire des godillots” qui fit fureur à l'époque. Mais d'où vient donc le terme de “Godillot” ? On doit ce nom au brave Monsieur Alexis Godillot qui possédait une manufacture de chaussures militaires pour l'armée française lorsque débuta la guerre de Crimée en 1853. Ces brodequins furent très vite surnommés "Godillots" par les soldats. Alexis Godillot était soucieux du confort du soldat puisqu'on lui doit une amélioration notable au niveau de la conception des chaussures, celle de la différenciation entre le pied droit et le pied gauche ! De son vivant, Alexis Godillot n'a certainement jamais pensé qu'il passerait à la postérité en donnant son nom à un néologisme à usage politique. Une situation proche de celle du préfet de la Seine Monsieur Eugène-René Poubelle quelques années plus tard, dont le nom sera donné aux récipients à ordure qu'il ordonna de confectionner et dont l'usage permit d'améliorer l'hygiène des rues parisiennes.

    Ce sera tout pour aujourd'hui !

    Claude Bonard


    Lire :
    Les Godillots : Manifeste pour une histoire marchée. Antoine De Baecque. Éditeur :anamosa. http://anamosa.fr/produit/les-godillots/

    Illustration : Huile de Vincent van Gogh 1886, (wikipedia D.R.)

     

  • 15 septembre 1787, naissance de Guillaume Henri Dufour à Constance. Pourquoi ?

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    15 septembre 1787, naissance de Guillaume Henri Dufour à Constance. Pourquoi à Constance ? Remontons ensemble le fil de l'histoire : En 1782, les armées de Berne, du roi de France et du roi de Sardaigne interviennent militairement et rétablissent l’ordre à Genève à la suite du soulèvement des Natifs et des Représentants. La population genevoise se divise alors en plusieurs classes : les Citoyens et les Bourgeois, détenteurs des droits politiques et de tous les droits civils, les Habitants et les Natifs, qui représentent 64 % de la population en 1781 et qui n’ont aucun droit politique et sont privés de certains droits civils. Habitants et Natifs aspirent donc à une facilité d’accès à la bourgeoisie et souhaitent pouvoir exercer certains métiers qui leur sont interdits. Suite au soulèvement, de nombreux membres de la fraction conservatrice des autorités, connus sous le nom « d’Ultra-Négatifs » sont arrêtés et détenus en tant qu’otages. Un nouveau Conseil général est réuni, qui élit de nouveaux membres des Conseils, lesquels ne sont pas reconnus par les cantons suisses effrayés par cette poussée révolutionnaire. Berne et Zurich rompent leurs relations diplomatiques avec Genève. Le roi de France prend fort mal cette révolution qui éclate à ses frontières et le roi de Sardaigne, Victor-Amédée III ne veut pas laisser au seul roi de France et à Berne, l’initiative de pacifier Genève qui doit alors faire face à une coalition de trois armées qui vont converger vers la cité. Le 2 juillet 1782, ces trois armées pénètrent dans la ville. Les anciennes autorités sont restaurées sous la protection des baïonnettes. Cette occupation militaire durera plusieurs mois jusqu’à la promulgation d’un nouvel édit, appelé par les Genevois, le « Code noir ». Une épuration violente condamne à l’exil de nombreux Représentants dont les biens sont confisqués. Bénédict Dufour fait partie des proscrits et c’est à Constance, en exil que naîtra son fils Guillaume-Henri, le futur général qui veille sur la place de Neuve - ou Neuve, c'est selon. Sa statue équestre est signée Karl Alfred Lanz (1847-1907). En bronze, elle fut   inaugurée en 1884 en présence d'une foule immense.

    Claude Bonard 

    Photo CB

  • L'influence de Genève, de Rousseau et de son Contrat social sur les « Considérations sur le gouvernement de Pologne »

    Les Considérations sur le gouvernement de Pologne écrites au cours de l'hiver 1770-1771 comportent 15 chapitres. C'est une ébauche de constitution écrite à la demande de nobles polonais désireux de s’opposer aux prétentions de la Russie sur le royaume de Pologne. Pour Rousseau, ce travail n’est pas le premier de ce genre puisqu’il avait déjà rédigé en 1765 un projet de constitution pour la Corse à la demande d'un proche de Pascal Paoli. Son objectif est de proposer à ses interlocuteurs un modèle de constitution permettant d’amener progressivement la société polonaise à un niveau qui permette l’émergence d’une certaine forme d’égalité politique inspirée du modèle du Contrat social. Ses références, faut-il s’en étonner, sont celles de sa patrie genevoise avec son Conseil Général, assemblée des citoyens et des bourgeois. C’est un modèle que voit les individus obéir à la loi et au législateur, chaque individu mettant en commun sa personne « sous la suprême autorité de la volonté générale ». Si pour Rousseau, c’est dans le peuple souverain que s’incarne en effet la source première du Pouvoir, il reconnait néanmoins que «la nation polonaise est différente de naturel, de gouvernement, de mœurs, de langage, non seulement de celles qui l’avoisinent mais de tout le reste de l’Europe. ». Au fil des pages des « Considérations sur le gouvernement de Pologne », on retrouve en permanence en filigrane, la philosophie du Contrat social. La manière dont Rousseau perçoit la Pologne et son destin en Europe est étonnante et l’aspect visionnaire de son texte est saisissant compte tenu de l'histoire tourmentée et tragique de la Pologne. J’en veux pour preuve ce passage: «  Vous aimez la liberté, vous en êtes dignes, vous l’avez défendue contre un agresseur puissant et rusé qui, feignant de vous présenter les liens de l’amitié, vous chargeait des fers de la servitude. Maintenant, las des troubles de votre patrie, vous soupirez après la tranquillité ; je crois fort aisé de l’obtenir ; mais, la conserver avec la liberté, voilà qui me paraît difficile ». Cette autre exhortation est très parlante : «  Laissez donc votre pays tout ouvert, somme Sparte ; mais bâtissez-vous de bonnes citadelles dans le cœur des citoyens ». Considérations_sur_le_gouvernement_de_[...]Rousseau_Jean-Jacques_bpt6k9626109r.JPEGCette dernière recommandation garde toute sa valeur aujourd'hui, tant en Pologne que chez nous.

    Claude Bonard