• L'origine des costumes du cortège de l'Escalade

    En raison d'une grève des employés des tramways ayant engendré des troubles de l'ordre public à Genève, la célébration officielle du 300e anniversaire de l’Escalade de  décembre 1902 fut  reportée au 1er juin 1903. A cette occasion, un fastueux cortège  illustrant l'histoire des  relations entre Genève et la maison de Savoie  fut organisé. Le peintre Louis Dunki signa les maquettes des costumes qui furent réalisés par des costumiers. Puis vint l'époque du peintre Edouard Elzingre. Outre ceux datant de 1903, les costumes  portés par les membres de la Compagnie de 1602 créée en 1926 furent alors confectionnés en se fondant sur les dessins et aquarelles d'Elzingre  ayant illustré en 1915 l'album consacré à  La Nuit de l'Escalade. L'artiste s'était  notamment inspiré des illustrateurs Jacques Callot et Jacob De Gehyn ayant dépeint la Guerre de Trente Ans (1618-1648) et aussi (surtout)   d' illustrateurs  qu'étaient en France Jacques Onfroy de Bréville dit JOB et Hermann Vogel pour ne citer qu'eux. Il y a d'ailleurs des ressemblances significatives entre les compositions d'Elzingre et celles de Vogel. Les costumes portés par les 800 membres de la Compagnie de 1602 qui animeront  une nouvelle fois la Vieille-Ville du 6 au 8 décembre prochain, ne sont donc pas d'époque, hormis quelques cuirasses. Les recherches historiques  les plus récentes effectuées notamment par MM. Richard Gaudet-Blavignac, Gabriel Schmutz et Christian Bräuninger, les trois spécialistes genevois les plus avertis  s'agissant de l'histoire des costumes et des armes du temps de l'Escalade, confirment que le choix de certaines couleurs ou de certains ornements des costumes les plus anciens ne correspondent pas aux ordonnances édictées  par les successeurs de Jean Calvin régissant  la manière de s'habiller des Genevois. Pour cette raison, la Compagnie de 1602  a ouvert il y a plusieurs années déjà, un vaste chantier visant à doter son arsenal de costumes qui s'approchent le plus possible de  la réalité historique du temps de l'Escalade. Les Genevois peuvent dès lors  d'adresser un grand coup de chapeau aux  Compagnes et Compagnons  qui oeuvrent mois après mois pendant toute l'année de façon bénévole au sein de l'arsenal de la Compagnie  de 1602. Inlassablement, ils confectionnent de nouveaux costumes,  restaurent les anciens, cousent et recousent les bas, fraises et collerettes, réparent et entretiennent les casques, cuirasses et armes. Sans ces habiles "petites mains", le public d'ici et d'ailleurs qui se presse nombreux dans nos rues  année après année ne pourrait pas revivre la magie de la nuit bien froide et sombre de décembre 1602.

    Claude Bonard

    Sources : Richard Gaudet-Blavignac et Gabriel Schmutz + Arsenal de la compagnie de 1602Escalade arsenal.jpg

  • Une Escalade oubliée, La nuit des échelles de mars 1529

    Le 6 février 1519, un premier traité de combourgeoisie est signé entre Genève et Fribourg au grand déplaisir du duc de Savoie. A dater de cette période, deux partis s'affrontent à Genève, celui des Eidguenots, partisans de l'alliance avec les Suisses, et celui des Mammelus, fidèles soutiens de la maison de Savoie et dévoués au duc Charles III ( appelé aussi Charles II par certains auteurs). Selon l’historien Louis Binz, le sobriquet de Mammelus leur fut donné vu qu’ils étaient considérés comme des traîtres à leur patrie genevoise, « comme les mamelouks, chrétiens passés à l’Islam, étaient traîtres à la foi chrétienne. ». Progressivement, les heurts entre les deux partis gagnent en intensité. Plusieurs gentilshommes fidèles à la Savoie se regroupent au sein de la Confrérie des Gentilshommes de la Cuiller ayant pour chef François de Pontverre, sieur de Ternier. Les troupes de la Cuiller détroussent les marchands et causent de grands dommages aux paysans. Depuis le château de Peney, la ville de Genève est soumise à un dur blocus économique. En 1529, François de Pontverre venu secrètement à Genève fut reconnu et assassiné. En guise de représailles, les gens de la Cuiller décident de s'emparer de la cité en organisant une attaque surprise prévue par une nuit de mars. Plusieurs centaines d'hommes munis d’échelles et de cordes pour escalader les murailles ont pour mission de s'emparer de la ville par surprise.

    Les Genevois étant avertis, l'affaire tourna court et les assaillants se dispersèrent piteusement en abandonnant leur matériel sans même tenter quoi que ce soit. Cet « exploit » ridicule a été nommé par les Genevois la Nuit des Echelles. Il est aujourd'hui presque tombé dans l'oubli.

    Claude BonardEscalade Justin ( voir tous).jpg

  • Ils venaient de Messine, Turin, Septmoncel et Saint-Claude. Ils sont morts pour Genève en 1602

    En lisant de nombreux commentaires ce matin, les gens s'étripant plus que jamais par réseaux sociaux interposés à propos de la "Regio Genevensis", il me paraît intéressant de rappeler quelques chiffres vu que l'on s'approche de la commémoration de notre "Belle Escalade" : En 1602, Genève comptait une population d’environ 13'000 habitants. Elle avait accueilli entre 1549 et 1560 plus de 5'000 nouveaux immigrés.
    Voici  l'origine des victimes des combats de la nuit de l'Escalade dont nous rappelons chaque année la mémoire et qui ont donné leur vie pour Genève :
    Jean Canal, dont le père Matthieu était originaire de Turin et fut reçu bourgeois en 1514
    Louis Bandière, originaire de Corly-en-Faucigny, Savoie, famille reçue bourgeoise en 1445
    Jean Vandel, dont la famille était originaire de Septmoncel (Jura), venue à Genève en 1470
    Louis Gallatin, famille originaire d’Arlod en Michaille près de Bellegarde, famille reçue bourgeoise en 1510
    Pierre Cabriol, dont le père était originaire de Villars en Piémont, reçu bourgeois le 3 mars 1572
    Marc Cambiague, appartient à une famille originaire de Crémone, reçue bourgeoise le 1er février 1560
    Nicolas Bogueret, originaire de Langres en Champagne, établi à Genève depuis 1568
    Jacques Mercier, originaire de Saint-Claude (Jura), dont le grand-père fut reçu bourgeois
    en 1536
    Abraham de Baptista, dont la famille était originaire de Messine, reçue bourgeoise le 29 mai 1537
    Martin Debolo, né en 1566 à Saint-Saphorin près Cruseilles, Savoie, venu à Genève en 1588
    Daniel Humbert, dont le père était originaire de Dijon et fut reçu bourgeois le 28 décembre 1563
    Michel Monard, de Saint-Jeoire, Savoie, venu à Genève en 1587
    Philippe Poteau, né à Lille en 1567, venu à Genève où il se maria le 26 avril 1597
    François Bousezel, originaire de la Vienne (France), dont un fils sera reçu bourgeois en 1624
    Jean Guignet, originaire de Gex, établi à Genève en 1584
    Jacques Petit, dont le père vint de Rouen à Genève en 1555
    Girard Muzy, originaire de Viuz-en-Sallaz, Savoie, vint à Genève en 1598
    Jacques Billon, originaire de Neuchâtel

    Quant aux glorieux survivants :
    Isaac Mercier, né à Genève mais dont le père était venu d’Ystenay en Lorraine
    Dame Piaget, fille d’une famille de Pressily, originaire de La Balme près Thône en Savoie
    Dame Royaume, née à Lyon

     

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  • Escalade - par où sont-ils passés ? réponse aux internautes curieux

    Suite à la publication de mon blog  d'hier  relatif à la marche d'approche des troupes savoyardes avant la nuit de l'Escalade,  plusieurs personnes se sont étonnées du fait que les assaillants  aient cheminé par  par  les Terreaux et  Champel jusqu'à la Jonction pour remonter ensuite vers Plainpalais.  De quels Terreaux s'agissait-il et pourquoi marcher jusqu'à  la pointe de la Jonction ?   

    S'agissant des Terreaux, il s'agit de ce qui est aujourd'hui le quartier des Terreaux-Vernaz, sis dans  la commune de Gaillard. A Bas-Vernaz, sur la rive gauche du Foron, s'élève encore   une  ancienne maison forte. Les troupes  ont ensuite marché sur Champel, Plainpalais et ont été jusqu'à la pointe de la Jonction couverts par le bruit de l'Arve, avant d'obliquer couverts par le bruit des flots du Rhône  et le brouillard pour remonter sur Plainpalais où a attendu le gros de la troupe, les chevaux ayant été regroupés  au pied du plateau de Champel.  Seuls les 300 hommes du détachement d'assaut ont poursuivi leur chemin pour rejoindre le secteur de  la Corraterie où les trois échelles ont été dressées.  Le "détour" par la Jonction a donc été effectué pour permettre 20191120_183152.jpgaux troupes de cheminer sans crainte d'être détectées. 

    Claude Bonard

  • Bientôt l'Escalade - comment et par où ont-ils passé pour arriver au pied de nos murailles ?

    C'est bientôt l'Escalade et dans les familles ou les banquets  qui vont bientôt permettre de briser des marmites avec pétards s'il vous plait ! ... on ne parle presque  jamais du chemin parcouru par les Savoyards pour arriver au pied de nos murailles. On a l'impression que tout simplement, ils se trouvaient là par un coup de baguette magique ! Tentons d'y voir plus clair : Charles-Emmanuel fit rassembler ses troupes dès le 10/20 décembre* aux alentours de Genève. Elles étaient placées sous le commandement de son lieutenant-général en les terres de Savoie, Charles de Simiane, seigneur d'Albigny et de Cabannes (1570- 1608). Les contingents se regroupèrent à Bonneville, La Roche et principalement à Bonne. Grâce à une  lettre du duc de Savoie à son neveu, le marquis d'Este, on en connaît exactement la composition lorsque le duc de Savoie les passa en revue au château d'Etrembières : 1000 fantassins, 100 arquebusiers à cheval de la compagnie d'Albigny, soit la garde du gouverneur de la Savoie, 100 « cuirasses » de la compagnie de Wattteville, 100 « cuirasses « de la compagnie de M. d'Urfé, de « la noblesse très nombreuse », 200 hommes du pays, deux compagnies de « cuirasses » du marquis de La Chambre et du marquis d'Aix, les Espagnols et Napolitains au service de Savoie. Au total environ 2'000 hommes. Le détachement d'assaut placé sous le commandement de François Brunaulieu, gouverneur de Bonne était composée d'hommes d'armes appartenant pour la plupart à la noblesse de Savoie. Ce sont  d'ailleurs les seuls qui escaladèrent les échelles et parvinrent  à se glisser dans la Cité. L'attaque fut  prévue pour la nuit du 11au 12 décembre selon le calendrier julien. Genève n'adopta en effet le calendrier grégorien qu'en 1701. Réunies à Bonne le 11/21 décembre au soir, les troupes savoyardes progressèrent  sur la rive droite de l'Arve dont le bruit couvrait la marche. L'armée se dirigea sur Genève par Gaillard, les Terreaux, Champel et jusqu'à la Jonction, pour remonter ensuite vers l'actuelle plaine de Plainpalais. A Genève, la garde pourtant alertée par un paysan de Chêne ne prit aucune disposition. Les Genevois avaient  imprudemment négligé certaines mesures élémentaires de défense et le duc de Savoie le savait. La progression savoyarde se déroula dès lors conformément aux plans, hormis quelques incidents de parcours. Une fois sur place, Les chevaux furent regroupés au pied du plateau de Champel. Les assaillants purent aussi compter sur l'appui d'un brouillard protecteur. Voilà, vous savez tout sur le chemin parcouru par nos assaillants avant de se trouver  au pied de la muraille.

    Escalade Justin ( voir tous).jpgClaude Bonard

     

    * Ancien et nouveau calendrier