• Le graveur genevois Antoine Bovy et l'impératrice Eugénie

    Après un mariage civil le 29 janvier 1853, la jeune comtesse espagnole Eugénie de Montijo épouse religieusement à Notre-Dame de Paris Charles-Louis-Napoléon Bonaparte, devenu empereur des Français sous le nom de Napoléon III l'année précédente. 17 ans plus tard, dans les derniers jours de l'Empire, en 1870, c'est un artiste genevois, Antoine Bovy CHF 2 Bovy.jpg( 1795-1877), graveur de médailles très connu, élève de James Pradier, qui va réaliser un superbe portrait gravé de l'impératrice. Cette médaille fait aujourd'hui partie des collections des Musées de Paris. En Suisse, si nous avons un peu oublié l'oeuvre d'Antoine Bovy, il est pourtant toujours présent dans notre vie quotidienne sans que nous le sachions, lorsque nous manipulons des pièces de 50 centimes, 1 et 2 francs. C'est en effet Bovy qui a gravé la fière HELVETIA avec son bouclier à croix suisse figurant au dos de ces pièces de monnaie.

    Claude Bonard

     
  • Les finances genevoises et la Folle Vie

    La lecture de la Tribune de Genève du jour nous apprend que : 

    « l'agence de notation Standard & Poor's (S&P) confirme la note de référence à long terme AA- attribuée au Canton de Genève. (…) L'agence de notation relève en particulier l'engagement du Conseil d'État genevois à contenir la hausse de la dette par des mesures budgétaires destinées à maîtriser les charges et à augmenter les recettes de l'État...

    Il y a 543 ans, la situation n'était pas si rose pour les finances genevoises. Les gens de ma générations ont célébré à l'école les exploits des vaillants Confédérés à Grandson et Morat en 1476 face aux chevaliers du duc de Bourgogne Charles le Téméraire. Or, je l'ai appris  bien plus tard, il y avait un hic... nos maîtres d'école avaient passé sous silence le fait qu'en 1476 nous étions dans le camp du vaincu. Les guerres de Bourgogne ont en effet constitué un épisode malheureux dans les relations de Genève avec les Suisses, l'évêque de Genève Jean-Louis de Savoie (1460-1482) étant  alors l'allié du duc de Bourgogne. Le retour de manivelle ne se fit pas attendre puisque après leur victoire contre le duc Charles, les Suisses punirent Genève et exigèrent le versement d'une amende de 28'000 écus, ce qui correspondait à 12% des actifs de la fortune totale des particuliers. ** Un montant considérable que Genève était dans l'impossibilité de payer vu l'état de ses finances publiques. Une bande armée incontrôlée d’environ 1700 hommes provenant notamment d’Uri et de Schwyz fit mouvement sur Genève pour punir la cité et saisir la rançon non versée. Le 4 mars 1477, grâce à l’intervention et à la médiation de plusieurs cantons, cette troupe fut heureusement stoppée près de Lausanne.  Cette opération est connue en Suisse allemande sous le nom de « Saubannerzug », (l’expédition du drapeau à la truie), appelée en Français « l’expédition de la Folle Vie ». Les Genevois furent toutefois obligés de payer immédiatement à la soldatesque le solde de l’amende qui leur avait été infligée. Ils se consolèrent en se disant qu'ils avaient échappé au pire, la mise à sac pure et simple de Genève.

    Claude Bonard

    Folle vie argent.png**  citation tirée de Dufour Alfred : Histoire de Genève, Paris, Que sais-je, PUF, 1997, pp. 33-34.

    Pour en savoir davantage : http://ge.ch/archives/3-folle-vie-premier-traite-de-combourgeoisie.

    Lire aussi : Genève dans le rouge - crises financières XIVe-XXe siècle, Archives d'Etat 1992, livret de l'exposition.

  • Politiciens et historiens ... quel rapport au temps ?

    L'historien François Audigier a écrit à propos du temps : « Le temps n’est pas l’objet de l’histoire mais il en est une composante consubstantielle. (…) A la linéarité des temps historiques dans une perspective positiviste a succédé la trilogie braudélienne, temps long, moyen, court, elle-même aujourd’hui fortement diversifiée. C’est une multiplicité de temps que travaillent les historiens et la notion d’événement a changé. »* Ce qui est vrai pour les historiens l'est à plus forte raison s'agissant du champ politique. Déjà du temps de Platon, les clepsydres égyptiennes avaient été introduites en Grèce et servaient à mesurer la longueur des discours politiques. Quelques siècles plus tard, Mighel de Cervantes écrivait à propos du temps : «  Se dara tiempo al tiempo, que suele dar dulce salida a muchas amargas dificultades ». Un point de vue auquel fera écho plus tard Voltaire qui écrira dans les Cabales,« L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer / Que cette horloge existe et n'ait point d'horloger ». L'horloge, toujours l'horloge. A Versailles par exemple, celle de la cour de marbre n'avait qu'une seule aiguille. Elle marquait l'heure de la mort du roi et, ce faisant, plongeait la cour dans l'incertitude, s'agissant de l'avenir politique du royaume. Charles Baudelaire aussi, évoquera les horloges  dans les Fleurs du mal « Horloge ! Dieu sinistre, effrayant, impassible, Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi ! ». Et que penser alors de la sagesse du président François Mitterand qui avait dit qu'il faut « laisser du temps au temps », paraphrasant ainsi Cervantes. Un point de vue exprimé aussi avec d'autres mots par l'écrivain Isaac Asimov qui estimait qu'il était « urgent d'attendre »En matière politique,  bien avant l'actuel  président  de la République française qui a revêtu l'habit de "maître des horloges", c'est Lord Byron qui donna le ton :   "Les lois et les institutions sont comme des horloges ; de temps en temps, il faut savoir les arrêter, les nettoyer, les huiler et les mettre à l'heure juste ». Ces quelques exemples nous rappellent que le rapport au temps et à sa mesure – les horloges - dicte sa loi depuis l'antiquité. Il s'inscrit dans une problématique qui n'a jamais cessé de préoccuper les philosophes, les historiens, les gens de lettres et, à plus forte raison, les dirigeants politiques.

    Claude Bonard

    Horloge.jpeg * Citation extraite de François Audigier : « La chronologie n’est pas l’histoire. Et pourtant… », in revue de l’IREHG, n°1 juin 1994, p. 80-81

     

     

  • Elections genevoises : "candidats, gardez-vous à droite ! - candidats, gardez-vous à gauche".

    Elections municipales genevoises :
    "candidats, gardez-vous à droite ! - candidats, gardez-vous à gauche".....
    La campagne des élections municipales bat son plein à Genève. Gare aux peaux de bananes entre pseudo-amis politiques ! Une nouvelle fois, cette joute électorale me fait penser à cet épisode de la bataille de Poitiers en 1356. Une bataille perdue pour le roi de France emmené en détention à Bordeaux puis à Londres. Pressé de toutes parts, Jean le Bon se bat farouchement. Son fils, le futur Philippe le Hardi vient se placer à proximité du roi et lui crie cette phrase devenue célèbre ! "Père, gardez-vous à droite ! — Père, gardez-vous à gauche ! » Peu après, la défaite française sera consommée. Bien plus tard, Voltaire l'a dit autrement : "Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge !"

    Claude Bonard poitiers champs de batailles champ d alexandre   capture jean le bon.JPG

    Illustration : Jean le Bon et Philippe le Hardi à Poitiers, Editions Osprey Military History Series Books - Osprey Publishing (d.r.)

  • Némésis mène le bal

    Dans la mythologie grecque, la déesse Némésis était la déesse de la vengeance. Elle était redoutée car elle débusquait ce qu'elle considérait comme des excès et renvoyait alors les contrevenants à la justice des dieux. Nous avons tous en tête un exemple de ce type de réaction qui nous conduit à nous débarrasser d'un problème en agissant abruptement, sans avoir mesuré toute la conséquence de nos actes. Pour ne pas être perturbés par l'angoisse ou le doute, on fonce et l'on va dans le mur. On pense avoir chassé le problème qui nous irritait. Erreur, il est toujours là, mais hors de notre champ de vision. Et les suites de cette fuite en avant se révèlent presque toujours catastrophiques. L'Histoire nous en donne de multiples exemples. S'agissant de certains pays  – par exemple en Europe centrale - dont les gouvernements se singularisent aujourd'hui par un nationalisme ombrageux et par un discours politique populiste, Némésis a plus que jamais de beaux jours devant elle. Pour ne pas être accusé d'utiliser le terme populiste mal à propos, j'en cite ici la définition du  Larousse. Le populisme «  désigne un type de discours et de courants politiques, critiquant les élites  et prônant le recours au  peuple, d'où son nom. Un peuple  s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti acquis à ce corpus idéologique. Il suppose l'existence d'une démocratie représentative  qu’il critique.».

    Pas besoin d'être grand clerc pour savoir ce que ça veut dire.

    Claude Bonard