• Sois membre d'un "collectif" et je te dirai qui tu es !

    Aujourd'hui, chez nous et chez nos voisins, la nouvelle religion semble être le "collectif" car il n'est de vie et de liberté qu'en son sein ! Au vu de ce constat, je dois être un peu ringard ou largué vu mon âge car je n'appartiens à aucun "collectif". Désolé, c'est ainsi. Je sais que pour être "tendance" dans notre société, il est de bon ton d'être membre d'un "collectif." C'est désormais le sésame pour être "in" et la posture miracle qui permet de jouer au plan politique et sociétal une partition différente de celle des autorités et de faire la nique à tout  cadre légal en sautant allègrement par dessus les contraintes de tous ordres. Les "collectifs" éclosent  plus vite que les fleurs de printemps : collectif de soutien ou de défense  pour ou contre la cause X, Y Z, collectif de soutien aux droits de ... etc. etc. Tout y passe et le catalogue s'enrichit de jour en jour. On y trouve :  le climat , les expulsions, les antispécistes, l'enlaidissement de nos cités, la biodiversité, la maltraitance, la liberté de la presse, le logement, etc. etc. Bref, tout devient "collectif" et le citoyen lambda se retrouve   hors des clous s'il fait preuve d'une pensée qui diverge de celle émise au nom d'un "collectif " impersonnel et anonyme qui régit la police de la pensée. Un "collectif intitulé "Grève pour le climat" a même participé récemment à l'élection complémentaire pour le Conseil d'Etat vaudois avec un certain succès. C'est dire !  Je ressens un certain malaise face à cet effet de mode qui veut que l'on agisse en vertu de l'adage "courageux mais pas téméraire". Sous une apparence mobilisatrice symbolisant  l'expression de la société civile, ce recours à une forme de collectivisme autogestionnaire me laisse pour le moins perplexe. Je suis de la vieille école et  pour moi, si quelqu'un  s'engage pour une cause, il faut le faire à visage découvert  et il faut assumer. Dans son ouvrage intitulé "Lois psychologiques de l'évolution des peuples" publié en 1895, Gustave Le Bon écrivait que : "La plupart des hommes sont incapables de se former une opinion personnelle mais le groupe social auquel ils appartiennent leur en fournit de toutes faites". 125 ans plus tard, son constat me semble toujours actuel même si notre société a pourtant bien changé, les hommes n'étant fort heureusement plus seuls à s'exprimer.

    Quant à moi, j'aime bien me rappeler que l'inoubliable Fernandel de mon enfance qui campait Ali Baba au cinéma était seul à défier Collectif.pngun collectif de 40 voleurs.

    Claude Bonard

  • La neutralité suisse, un moyen et non une fin en soi

    CWagon La Charité.jpeg'est fou les commentaires que l'on peut lire sur la neutralité suisse ces derniers jours dans le contexte de l'affaire Crypto AG. Beaucoup jouent les vierges effarouchées. Faut-il rappeler que la neutralité de notre pays est depuis longtemps un moyen et non une fin en soi ? Je cite ici le politologue Alois Riklin dans le Dictionnaire historique de la Suisse : "La neutralité a aidé à assurer l'existence de la Confédération, qui en a fait une maxime de sa politique étrangère, et à maintenir le pays à l'écart des conflits armés. C'est pourquoi elle est devenue pour de nombreux Suisses un signe de l'identité nationale. A l'étranger, elle a été jugée diversement: les uns l'ont saluée comme une contribution à la paix, d'autres y ont vu de l'hypocrisie, une forme de tricherie et l'appât du gain. Du point de vue helvétique, elle a paru représenter plutôt la politique légitime d'un petit pays face aux grandes puissances et une manière intelligente de défendre ses intérêts, le froid calcul en ce domaine étant parfois assoupli par l'idée d'une mission humanitaire de la Suisse". Un exemple parmi d'autres  : Au cours des premières semaines de la Seconde Guerre mondiale, l'état-major général suisse a veillé a rassurer les belligérants sur le fait que la Suisse entendait faire respecter sa neutralité et que les dispositions militaires qu'elle prenait l'étaient dans ce seul but. Des contacts eurent lieu notamment au niveau des attachés militaires accrédités à Berne mais pas seulement. Ils étaient aussi facilités du fait que plusieurs officiers suisses de haut rang avaient suivi soit l'enseignement de l'Ecole Supérieure de Guerre à Paris soit celui de la deutsche Kriegsakademie de Berlin. Les réseaux tissés avant la guerre tant à Paris qu'à Berlin pouvaient s'avérer précieux. C'est dans cet état d'esprit que, conscient de l'état réel de ses forces, le général Henri Guisan chargea à la fin du mois de septembre 1939 le major Bernard Barbey, journaliste, écrivain bien connu qui habitait à Paris avant la mobilisation de guerre d'une mission particulière. Il le pria de prendre contact sous prétexte de ses affaires civiles à Paris avec l'état-major français et d'y avoir des discussions informelles avec l'état-major français. Il s'agissait pour le commandant en chef de l'armée suisse d'examiner l'hypothèse de la conclusion d'un accord militaire secret dans le cas où une attaque allemande contre la Suisse interviendrait. Toutefois, l'offensive allemande de 1940 et la défaite de la France réduisent à néant ces efforts et la situation allait devenir très inconfortable politiquement parlant pour la Suisse au moment où les troupes allemandes découvrirent presque par hasard le 16 juin 1940 à Dijon et à La Charité-sur-Loire de wagons de chemin de fer contenant les archives du ministère des affaires étrangères et du haut commandement français. Ces wagons d'un train qui aurait dû rejoindre Vichy contenaient notamment les documents relatifs aux discussions militaires secrètes conduites à l'initiative du Général Guisan entre la Suisse et la France à l'insu du gouvernement suisse ... A posteriori, une fois la guerre terminée, nombreux sont ceux qui se sont servis de cet exemple pour illustrer la volonté de défense de la Suisse. Et ils ont eu raison.

    Claude Bonard 

    Sources et références :
    Rings Werner, la Suisse et la guerre 1933-1945, la menace, l'ébranlement et l'affirmation d'un petit Etat, Lausanne, Ex Libris, 1975, pp.224-225.

    Lire  : Georg Kreis, Auf den Spuren von La Charité – die schweizerische Armeeführung im Spannungsfeld des deutsch-französischen Gegensatzes 1936-1941, Basel und Stuttgart, 1976, Verlag Helbing & Lichtenhahn, 234 p.

    Bonard Claude, Les documents du GQG français et la Suisse. La Charité-sur-Loire 1940, Paris, Revue Historique de l'Armée 29, 1973, Nr.3, 85-98.

     

  • Genève, je t'aime moi non plus et la mésentente cordiale

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    Presque à chaque fois qu'un membre du gouvernement genevois est interviewé dans la presse locale, les commentaires de lecteurs fusent. Idem s'agissant des réseaux sociaux. Au mieux courroucés, au pire agressifs voire odieux, parfois sous le couvert peu glorieux d'un pseudonyme. Cette mode du « je t’aime moi non plus » et de la mésentente de moins en moins cordiale caractérise de façon croissante les rapports qu’entretiennent les Genevois entre eux et les Genevois envers leurs autorités. Une posture de défiance qui sape les énergies et freine la réalisation de tant d'actions pourtant nécessaires au bien de notre collectivité. On est loin du sentiment qui prévalait il y a bien longtemps à en juger par cet extrait du Registre des Conseils du 10 février 1789 : " Le MC (Magnifique Conseil) est revenu à la salle basse de l'Hôtel de Ville, accompagné du même cortège qu'en allant à Saint-Pierre. Une foule immense de peuple remplissait les rues, de jeunes gens en uniforme très propre, précédés d'une nombreuse musique, tenant en main une longue guirlande de fleurs, ont formé une haye sur le passage du Conseil, et l'ont accompagné jusqu'à l'Hôtel de Ville, où étant arrivés quelques-uns d'entre eux se sont présentés devant Mrs les Syndics et ont chanté en choeur des couplets". Aujourd'hui, en cette période de campagne électorale, à défaut de couplets chantés en choeur,  je rêve à plus de concorde  afin de faire prévaloir le sens de l'intérêt général. On peut avoir des avis qui divergent mais le respect mutuel, ça change la vie  non ?

    Claude Bonard

    Référence : Registre des Conseils, AEG, RC 293 à la date du 10 février 1789

    Illustration : Détail de l'oeuvre intitulée "La réconciliation du 10 février 1789". On la doit à l'artiste Christian-Gottlob Geissler ( 1729-1814). Cette gravure est aussi connue sous le titre du "Retour du Conseil Général tenu le 10 février 1789". Cliché BPU cote G 361.

     
  • Moi, j’ai dit bizarre… bizarre ? Comme c’est étrange...

    Un drôle de drame se joue en Suisse depuis quelques jours. C'est fou la versatilité des opinions sur les réseaux sociaux  mais pas seulement, de la part de ceux qui s'insurgent et s'émeuvent, s'agissant de notre neutralité et de l'implication américaine dans le dossier de Crypto AG, notamment à l'époque de la guerre froide. Au même moment, chacun se félicite du fait que ce soit grâce à une efficace coopération entre les services de renseignement américains et le Service de renseignement de la Confédération (SRC) que l'on a échappé à un attentat qui aurait pu être dévastateur visant les citernes d'hydrocarbures de Vernier ....

    Ce qui me fait dire, à l'instar de Louis Jouvet dans "Un drôle de drame" : Moi, j’ai dit bizarre… bizarre ? Comme c’est étrange... Pourquoi aurais-je dit bizarre… bizarre…

    Claude Bonard

  • Les trolls et nous

    Il y a "troll et troll".... depuis que la situation internationale s'est dégradée , notamment depuis 2014  avec une guerre larvée et  l'occupation de la Crimée par les petits hommes verts plus encore depuis la persistance d'une situation très critique en Libye, en Irak en Syrie, au Soudan ou dans le Kurdistan pour ne citer que ces quelques exemples, sans même parler des tensions persistantes entre l'UE et la Russie, on voit fleurir sur les réseaux sociaux des échanges qui tournent souvent à l'invective. Soit les uns sont accusés d'être des "trolls" au profit de Moscou, et ils sont assez nombreux .... soit les autres sont accusés d'être des "trolls"  pro OTAN ou à la solde de Washington... et ils ne sont pas moins nombreux.... Alors d'où vient cette appellation de "troll" ? ce mot ferait référence une créature monstrueuse et vindicative du folklore scandinave et plus précisément norvégien.  Voilà pour la légende. Plus sérieux ( hélas), aujourd'hui, en matière d'information mais surtout de désinformation, un troll caractérise un individu, le plus souvent tout ce qu'il y a de plus honorable, respectable et bien établi, ou une officine de communication ayant pignon sur rue, ayant pour objectif de générer et de distiller des nouvelles "fabriquées" légitimant un point de vue ou une doctrine. Et hélas, les "trolls" semblent fleurir de nos jours et font irruption dans notre quotidien. On les repère en suivant les échanges de message sur un forum ou à l'occasion d'un débat. « Troller », c'est une technique qui vise à créer artificiellement une controverse qui focalise l'attention aux dépens des échanges et de l'équilibre objectif d'une conversation ou d'une argumentation. Accuser quelqu'un d'être un « troll » vise à décrédibiliser un interlocuteur. Les "trolls" sont la preuve d'une impossibilité d'échange dans la compréhension mutuelle. Conclusion, vu que la situation géopolitique internationale ne s'améliore pas, les "trolls" hélas Troll.jpegun bel avenir devant eux. Sur ce triste constat, un seul remède : garder son esprit critique. Et sans arrière-pensée "trollesque", je vous souhaite une bonne journée.

    Claude Bonard

    A propos des Trolls, source : https://www.liberation.fr/futurs/2017/07/17/d-ou-vient-l-expression-troll-sur-internet_1584412

    Illustration : troll, wikipedia (d.r.)