Genève, une histoire de ponts

Dès l'antiquité, Genève connaît deux ponts, permettant de franchir l'Arve et le Rhône.
L'antique Pont d'Arve était vraisemblablement situé en aval de l'actuel pout des Acacias. En 58 avant J.-C., le pont le plus important, sur le Rhône, est mentionné par César dans son ouvrage De bello gallico / la guerre des Gaules. Ce pont permettait de relier la Geneva major ( la cité de la rive gauche) à la Genava minor ( qui devait devenir le bourg de Saint-Gervais).
Le pont était divisé en deux tronçons distincts, l'un franchissant le brase gauche du fleuve au courant atténué, l'autre le bras droit au débit plus vif. Le quartier se développe ensuite puisque des moulins sont attestés dès le 12e siècle en aval du pont. Des habitations sont bâties sur pilotis en l'Île. Au début du 15e siècle, le pont sur le Rhône est doublé. Il a été vraisemblablement construit en amont de la grande île. Perfectionné, le pont médiéval portera le nom de Pont bâti, appelé aussi Grand Pont. Il constitue le prolongement de l'artère marchande des Rues Basses en direction de la rue commerçante de Coutance. Ce pont est détruit par le grand incendie de 1670. Reconstruit, il devient le Pont Neuf puis le Pont des Trois Rois. Au cours des siècles, son appellation se modifiera encore puisqu'on lui donne successivement les noms de Pont des Anes et de Pont des Frises. Il est refait en 1740. En 1816, le pont de Carouge est terminé. Sa construction fut dirigée par Dufour. Sa conception date de 1810 pendant l'occupation française de Genève. Dufour a le souci de différencier le trafic des voitures à chevaux de celui des piétons. Notre ingénieur cantonal et futur général est ainsi l'inventeur des trottoirs à Genève. Des trottoirs où ne déambulaient alors que des piétons et c'était très bien ainsi. Il faut dire que les adeptes de la Draisienne inventée en 1817 ne devaient pas être bien nombreux à Piogre et que pour le surplus, ils étaient disciplinés. Quant aux bicyclettes, il faudra attendre 1880 pour les voir arriver dans le paysage. Dufour est également l'initiateur de la construction du pont suspendu en fil de fer de Saint-Antoine permettant de franchir le fossé des fortifications pour atteindre le nouveau quartier résidentiel des Tranchées. Le pont est inauguré le 1er août 1823. Large de 2 mètres et long de 82 mètres, il pèse 8'000 kg et peut supporter 160 personnes. Il sera suivi de deux autres constructions analogues qui disparaitront en 1855 et 1860 suite à la destruction des fortifications.

En 1825, un pont suspendu est projeté sur le Rhône à la Coulouvrenière pour remédier à l'isolement relatif des habitants de Saint-Jean. Il sera réalisé en 1837. Le 9 mai 1834, le Pont des Bergues est inauguré, qui permet d'établir la communication entre le nouveau quartier des Bergues et l'extrémité occidentale du Grand Quai. Un nouveau pont remplace l'ouvrage initial en 1881. De 1840 à 1843, le pont de la machine est construit. La nouvelle machine hydraulique doit permettre d'améliorer l'approvisionnement de la ville en eau potable. Le bâtiment est construit de manière isolée, à mi-distance des deux rives du Rhône pour prévenir tout risque d'incendie. Le bâtiment de la machine est relié à l'île par une passerelle. En 1844, c'est au tour du pont de Sierne d'être construit, mi-maçonnerie, mi-charpente. Il assure une communication indispensable permettant de relier les communes riveraines de l'Arve rattachées au canton après la Restauration. En 1854, le pont de Peney est construit. Il remplace l'ancien bac sur le Rhône.

Il en va de même en 1857 avec la construction du pont d'Avully qui remplace aussi un bac. En 1857 toujours, à l'initiative de James Fazy, un pont de pierre succède à l'ancien pont suspendu de la Coulouvrenière datant de 1837. Il a pour objectif de relier le nouveau quartier de Plainpalais en pleine extension au quartier industriel de la Coulouvrenière. Le 29 décembre 1862 voit l'inauguration du Pont du Mont-Blanc, de 16 mètres de large répartis en 9 mètres de chaussée et 7 mètres de trottoir. Sa construction aura duré moins d'un an ! Commencé à fin 1861 il est achevé en novembre 1862. Son rôle premier est de faciliter la communication entre les quartiers très populeux des Pâquis et des Eaux-Vives. Son tablier sera rénové en 1903-1904 pour supporter le poids des tramways électriques. Il sera une nouvelle fois adapté au trafic croissant en 1922 avant sa transformation de 1965 qui lui a donné sa physionomie actuelle. En 1891, le nouveau Pont Sous-Terre relie le quartier de Saint-Jean au nouveau quartier industriel de la Jonction. Un nouvel ouvrage lui succède en 1968. En 1896, un nouveau pont monumental est ouvert à la circulation à la Coulouvrenière. L''inauguration a lieu le 27 avril 1896 à l'occasion de l'Exposition nationale. Les tramways l'empruntent depuis la gare de Cornavin pour se rendre sur le site de l'exposition à Plainpalais. Le pont sera élargi à six voies en 1969-1970. En 1922, c'est au tour du Pont Butin de voir le jour. Il sera élargi entre 1968 et 1969. En 1945, le Pont de la Jonction est construit, appelé aussi “Pont du raccordement” en raison du projet visant à raccorder le réseau ferroviaire de Cornavin à la Praille puis à la gare des Eaux-Vives. Le CEVA est encore bien loin !

Plus près de nous, on assiste à la construction du pont des Acacias en 1956 puis à l'édification du Pont de Saint-Georges en 1969 et enfin à l'édification du Le pont Hans-Wilsdorf sur l'Arve qui remplace l'ancienne passerelle. Tout ceci sans compter les nouveaux ouvragesPonts .jpg ferroviaires du LEX.

Claude Bonard

Sources :

Au Pays Genevois, DIP, 1954,
La Genève sur l'eau, DTPE 1994,
Berli Conrad André : Rues Basses et Molard, Georg 1983
Lescaze Bernard et Lochner Barbara : Genève 1842-1942, Payot, 1976,
Catalogue de l'exposition consacrée à “G.H. Dufour, l'homme, l'oeuvre, la légende”, 1987-1988, pp.92-111.

Photo : Pinterest.ch (d.r.)

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