17 ans déjà - le G8 à Genève - les flammes menacent la Tour Baudet

Le 1er juin 2003 s'ouvrait à Evian le 29e sommet du G8. Cette rencontre allait avoir des conséquences imprévues pour Genève. Evian et son périmètre de sécurité étant interdits aux manifestations altermondialistes, c'est notre cité et sa visibilité internationale qui furent par ricochet le centre de touts les événements organisés afin de contester la tenue du sommet. Le samedi 31 mai au soir, à l'Hôtel de Ville et dans le périmètre de la vieille ville à l'inverse d'autres secteurs de la cité, la situation était plutôt calme. A 22h30, les rares clients du restaurant de l'Hôtel de Ville virent soudainement surgir un petit groupe de casseurs cagoulés, armés de barres de fer et munis de cocktails Molotov en provenance du Perron. Avec une rapidité déconcertante, ces individus lancèrent leur cocktails incendiaires contre la fenêtre de la loge de l'Hôtel de Ville puis, depuis la rue Henri Fazy, contre l'une des fenêtres du bureau du Chancelier d'Etat. Des deux cocktails lancés qui brisèrent la fenêtre de la loge, l'un explosa et mit le feu à la vénérable porte de l'Hôtel de Ville et au bureau d'accueil. L'autre, fort heureusement, n'explosa pas. Quant à l'engin lancé contre la fenêtre du bureau du Chancelier d'Etat , il ricocha miraculeusement et retomba dans la rue sans exploser. Le groupe de casseurs, aussi rapide que l'éclair, disparut et se fondit dans la nuit aussi vite qu'il était arrivé Voyant la scène, un client du restaurant, Monsieur Pierre Muller se saisit de l'extincteur que lui tendit avec sa présence d'esprit légendaire, M. Jean-Yves Glauser, plus connu sous le nom de Père Glôzu, tenancier de l'établissement. N'écoutant que son courage, M. Muller traversa la rue, grimpa sur le mur de pierre situé devant l'Hôtel de vIlle, passa par la fenêtre cassée et sauta dans le brasier naissant afin de l'éteindre. Son action intrépide fut couronnée de succès et le vénérable bâtiment ne subit pas le sort du Palais du Parlement de Bretagne à Rennes, monument classé incendié dans la nuit du 4 au 5 février 1994, le feu ayant alors été provoqué par une fusée incendiaire tirée lors d'une manifestation.

Les pompiers du SIS arrivèrent rapidement sur place. Alors que le désordre était à son comble dans les Rues Basses, à Plainpalais et à la rue du Stand notamment, plusieurs magistrats cantonaux et communaux vinrent constater les dégâts alors que les pompiers sécurisaient les lieux au milieu de la fumée aidés par les fidèles huissiers de la Chancellerie et les concierges rappelés d'urgence. Au cours de la période qui suivit ces événements, une modeste cérémonie fut organisée au Salon Jaune de l'Hôtel de Ville pour exprimer la gratitude de l'Etat envers MM. Pierre Muller et Jean-Yves Glauser qui, par leur présence d'esprit, HdV en feu.jpgont permis de maîtriser l'incendie naissant et ainsi de préserver des flammes le bâtiment historique de la Tour Baudet constituant le cœur des institutions de notre République et canton depuis tant de siècles.

Ayant été présent en cette sinistre soirée, je suis reconnaissant envers celles et ceux qui ont tout fait pour préserver le patrimoine de notre chère Genève.

Claude Bonard

Photo : Laurent Guiraud (dr.) 

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