Le cheminement idéologique de Claus von Stauffenberg

Si je vous parle de Kętrzyn, une localité polonaise  située en Varmie-Mazurie, ce nom ne vous dit rien. En revanche, si j'évoque Rastenburg et la Wolfsschanze, en Prusse orientale, soudainement, de sombres souvenirs vous reviennent en mémoire. Les ruines de l'immense complexe fortifié du QG d'Hitler peuvent être visitées au cours d'un périple à travers bois qui dure environ deux heures. Le 20 juillet 1944, c'est là, au "repaire du loup” qu'a eu lieu l'attentat devant débarrasser le monde du Führer. Le comte Claus von Stauffenberg fut chargé de placer la bombe contenue dans une serviette en cuir sous la table de la salle de conférence où devait se tenir la réunion présidée par Hitler. Malheureusement, le baraquement étant construit en bois, le souffle de l'explosion fut grandement amoindri et Hitler ne fut que légèrement blessé. Un simple monument rappelle cet événement,  à l'emplacement du baraquement. Une répression féroce élimina les conjurés. Pendant longtemps, la personne de von Stauffenberg a été idéalisée tant dans la littérature qu'au au cinéma. C'est l’historien allemand Wolfram Wette qui a a fait exploser en 2002 le mythe d’une « Wehrmacht  propre », étrangère aux crimes commis par les SS et les forces spéciales nazies. Wette a aussi démontré que déjà du temps de l'empereur Guillaume II, le corps des officiers prussiens se situait très à droite sur l’échiquier politique : «  il était monarchiste, partisan d’un État autoritaire, opposé à la social-démocratie et au libéralisme ». Ce même auteur a aussi  souligné qu'il existait au sein du corps des officiers allemand "une attitude fondamentalement antisémite". Un tel état d'esprit prévalait encore en 1926 au moment où Sauffenberg a débuté sa carrière militaire. Treize ans plus tard, le contenu d'une lettre qu'il écrivit à son épouse lors de la campagne de Pologne de 1939  démontre que la mentalité des officiers de la Wehrmacht était  généralement comparable à celle qui prévalait du temps de l'empereur Guillaume II  : « La population est une incroyable populace, très nombreux Juifs  et très nombreuses personnes qui ne sont pas de race pure. Un peuple qui ne se sent bien que sous le knout. Les milliers de prisonniers vont faire vraiment du bien à notre économie agricole. En Allemagne, ils pourront sûrement être bien utilisés, vaillants, obéissants et se contentant de peu. »

SStauffenberg Hitler pl.jpgi dans les années 1930, von Stauffenberg a pu être reconnaissant au parti d'Adolf Hitler d'avoir rendu sa grandeur à l'armée, il a en revanche insensiblement pris ses distances avec le régime, conscient qu'à l'Est notamment, le Reich conduisait une lutte d'extermination. Depuis lors, von Stauffenberg s'engagea  résolument dans le complot visant à supprimer le Führer. Il le paiera de sa vie.

 

Claude Bonard

 

* « Die Bevölkerung ist ein unglaublicher Pöbel, sehr viele Juden und sehr viel Mischvolk. Ein Volk, welches sich nur unter der Knute wohlfühlt. Die Tausenden von Gefangenen werden unserer Landwirtschaft recht gut tun ». In Deutschland sind sie sicher gut zu gebrauchen, arbeitsam, willig und genügsam. » Extrait de : Heinrich August Winkler, Der lange Weg nach Westen, volume 2 : Deutsche Geschichte vom „Dritten Reich“ bis zur Wiedervereinigung, Beck, 2000, p. 103.
Photo : dw.com (d.r.) 

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