• François-Joseph 1er d'Autriche et le déclenchement de la Première Guerre mondiale

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    Le 21 novembre 1916, à huit heures et demie du matin, l'empereur d'Autriche et roi de Hongrie François-Joseph 1er s'éteignait  à l'âge de 86 ans, après un règne de près de 68 ans. Aux yeux du public et depuis les années 1955-1956, on ne sait pas trop si il a été marié à Elisabeth de Bavière ou à Romy Schneider  et sa figure bonhomme fait le délice des marchands de souvenirs viennois. Plus sérieusement, il porte une grosse part de responsabilité dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale.  François-Joseph fut un monarque à poigne, hostile au libéralisme dont la vie a été marqué par les guerres et les tragédies familiales au moment où l'empire vacillait vu l'émergence des mouvements nationalistes qui annonçaient sa désintégration proche.  Si il  ne fut pas peiné par la mort de son neveu  lors de  l'attentat de Sarajevo du 28 juin 1914, il fut en revanche décidé de punir la Serbie par la force, même si aucune preuve de son implication dans l'attentat n'apparaissait sur le moment. Selon lui la monarchie devait  rompre avec la politique de passivité menée depuis plusieurs années. Pour cela, l'empereur s'assura du soutien allemand, mais aussi hongrois. Le 7 juillet 1914, un Conseil des ministres extraordinaire décida l'envoi d'un ultimatum à Belgrade.L'ultimatum fut notifié au gouvernement serbe le 23 juillet. Ses conditions furent  humiliantes pour Belgrade. François-Joseph lança alors le processus menant à la guerre et décréta  la mobilisation des troupes. Le 28 juillet, le gouvernement austro-hongrois déclara la guerre à la Serbie. Le 31 juillet, l'Allemagne subodorant peut-être que l'Alliance franco-russe fonctionnerait au profit de la Serbie envoya un double ultimatum, sous 48 heures, à la France et à la Russie leur enjoignant de déclarer que ces deux puissances se déclareront neutres dans le conflit qui se prépare. La France répondit qu'elle agirait "conformément à ses intérêts". Le 2 août, l'Allemagne attaqua le Luxembourg neutre et adressa un ultimatum à la Belgique. Le 3 août, l'Allemagne déclara la guerre à la France et attaqua la Belgique le 4 août. S'il est patent que l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie ont fait fonctionner leur pacte et ont de concert entamé les hostilités, il n'est, par contre, pas possible d'affirmer que l'alliance franco-russe a, elle, fonctionné puisque ces pays n'ont pas eu le choix de se déterminer et que ce sont l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie qui ont décidé de les attaquer et de se les choisir comme adversaires. Au reste, ce sera seulement le 6 août que débutera le conflit entre la Russie et l'Autriche-Hongrie par la déclaration de guerre envoyée de Vienne à Saint-Pétersbourg. Cela faisait déjà 5 jours que la Première Guerre mondiale avait débuté.

    Claude Bonard

  • Vous reprendrez bien un Spritz ?

    Un peu d'histoire en lien avec cette boisson estivale :

    SSissi Venise 1.jpgans l'occupation militaire de Venise du 28 août 1849 par l'Autriche, vous ne pourriez pas déguster de Spritz aujourd'hui. C'en effet à cette occupation que cette rafraîchissante boisson doit son nom. Le Spritz est né à l'époque où la Sérénissime était une possession autrichienne. Les soldats de l'empereur Franz Joseph trouvant les vins de la région trop forts en alcool ajoutèrent de l'eau. En allemand, spritzen veut dire asperger, spruzzare en italien. Le mot "spritz," était né ! Santé et bon été ! 

    Claude Bonard

     

    Photo : Film trilogie "Sissi", François-Joseph et Elisabeth voguent sur le Grand Canal lors de leur réception (glaciale) à Venise. Site Critique.film.fr (d.r.)

  • Eté 2020 - comme un parfum de Kara Mustafa et de Sobieski

    Au moment où Sainte-Sophie redevient mosquée et où les incursions de plusieurs bâtiments de la flotte militaire  turque en mer Egée engendrent un regain de tensions inutiles et dangereuses entre la Turquie et la Grèce, nombreux sont ceux qui s'inquiètent à tort ou à raison des gesticulations de la Turquie d'aujourd'hui. Ces événements font resurgir les références relatives à l'expansionnisme ottoman des siècles passés. Dans ce contexte, le souvenir de la bataille de Vienne du 12 septembre 1683 revient sous les feux des projecteurs. Cette date scella la victoire de Jean Sobieski contre Kara Mustafa. C'est au Kahlenberg, colline située aux portes de la capitale autrichienne que le roi de Pologne Jean Sobieski et son armée appuyant l'armée impériale du duc Charles V de Lorraine battit l'armée turque en 1683. Le siège de Vienne par les 130'000 Ottomans de Kara Mustafa pendant deux mois avait  menacé le cœur même de l'Empire et l'empereur Léopold 1er s'était  mis en lieu sûr. La vista tactique de Sobieski a fait merveille. La charge de ses hussards cuirassés  polonais a tout emporté sur son passage. Ce fut “une belle cacade” pour les Ottomans qui, culbutés, Sobieski.pngse replièrent. Cette victoire stoppa net l'expansion de l'empire ottoman en Europe. Pour tous les princes chrétiens et la papauté, Jean Sobieski fut désormais considéré comme le “sauveur de Vienne et de la civilisation occidentale”. Pour revenir à ce qui se passe en ce moment en mer Egée, les gesticulations navales de la Turquie ne présagent rien de bon et il serait judicieux que nonobstant la torpeur estivale, la communauté internationale s'en préoccupe et réagisse avec sagesse et surtout avec détermination. Le droit international n'est pas une notion que l'on peut tordre à qui mieux mieux.

     

    Claude Bonard

  • Qui se souvient du nom des négociateurs du traité de Saint-Julien ?

    La date du 11/21 juillet 1603 est importante pour Grève puisqu'elle marque la conclusion du traité de Saint-Julien. Afin d’assurer sa sécurité après sa miraculeuse victoire de l'Escalade en décembre 1602, Genève s'est vue contrainte d’en appeler non seulement aux anciens alliés Bernois mais encore aux cantons confédérés. Bâle, Glaris, Soleure, Schaffhouse et Appenzell jouent ainsi un rôle diplomatique très actif et important dans la négociation aboutissant à la signature du traité. Sa signature n'a pas été sans de nombreuses discussions, difficultés et tensions préalables entre les parties impliquant de nombreux interlocuteurs. La Diète des cantons suisses tout d'abord, saisie par Genève le 22 décembre 1602, quelques jours seulement après la nuit de l'Escalade. Des correspondances nombreuses furent échangées tant par les Savoyards que les Genevois avec la France, l'Espagne, l'Angleterre et le pape Clément VIII. Des missions diplomatiques furent envoyées aux quatre coins de l'Europe. Les négociations Saint-Julien 1603.pngdébutèrent en février 1603. Elles frisèrent la rupture à plusieurs reprises. Finalement, le 21 juillet ( 11 juillet selon l'ancien calendrier), le traité fut signé à Saint-Julien.

    Aujourd'hui, peu nombreux sont ceux qui se souviennent du nom des diplomates qui furent à l'oeuvre à l'époque, raison pour laquelle je pense utile de les citer  ici * 

    Négociateurs genevois : Les nobles et prudents Dominique Chabrey, Michel Roset, Sieur de Châteauvieux, et Jacques Lect, docteur ès droits et Seigneur de Confignon, tous trois anciens syndics et conseillers de ladite Ville de Genève, Jean Sarasin, docteur ès droits et conseiller au Grand Conseil  ** de ladite Ville et Jean de Normandie, docteur ès droits et conseiller au Grand Conseil  ** de ladite Ville et député d'icelle.

    Négociateurs savoyards : Le Seigneur Charles de Rochette, seigneur de Donjon et de la Forêt, premier président de Savoie, et Claude de Pobel, baron de la Pierre et et chambellan de S.A., députés de ladite Altesse. Suivant … etc.

    Représentants des Magnifiques et puissants Seigneurs des cinq louables cantons de Glaris, Bâle, Soleure, Schaffhouse et Appenzell, les Nobles et prudents ambassadeurs :

    Glaris : Seigneurs Jean-Henri Schwartz, lieutenant, et Nicolas Schüler, Landeshauptmann.

    Bâle : Seigneurs Jacob Götz et André Ryff, conseillers de ladite Ville.

    Soleure : Seigneurs Pierre Sury, banderet, et Jean-Jacques de Staal, chevalier et boursier de ladite Ville.

    Schaffhouse : Seigneurs Georges Mäder, bourguemestre et Henri Schwarz, docteur ès droits et conseiller de ladite Ville.

    Appenzell : Seigneurs Ulrich Näf, Landamann, Jean de Heimen, chevalier Landamann et banderet, et Sébastien Thoring, aussi Landammann et banderet dudit canton.

     

    Genève leur doit une fière chandelle. 

     

    Claude Bonard

     

    * Selon la liste qu'en donna M. Bernard Gagnebin dans son texte publié dans l'ouvrage intitulé L'Escalade de Genève 1602, Histoire et tradition publié à Genève par le comité du 350e anniversaire de l'Escalade de 1602 chez Alexandre Jullien :

    ** le Grand Conseil était à l'époque le Conseil des Deux-Cents.

  • Le cheminement idéologique de Claus von Stauffenberg

    Si je vous parle de Kętrzyn, une localité polonaise  située en Varmie-Mazurie, ce nom ne vous dit rien. En revanche, si j'évoque Rastenburg et la Wolfsschanze, en Prusse orientale, soudainement, de sombres souvenirs vous reviennent en mémoire. Les ruines de l'immense complexe fortifié du QG d'Hitler peuvent être visitées au cours d'un périple à travers bois qui dure environ deux heures. Le 20 juillet 1944, c'est là, au "repaire du loup” qu'a eu lieu l'attentat devant débarrasser le monde du Führer. Le comte Claus von Stauffenberg fut chargé de placer la bombe contenue dans une serviette en cuir sous la table de la salle de conférence où devait se tenir la réunion présidée par Hitler. Malheureusement, le baraquement étant construit en bois, le souffle de l'explosion fut grandement amoindri et Hitler ne fut que légèrement blessé. Un simple monument rappelle cet événement,  à l'emplacement du baraquement. Une répression féroce élimina les conjurés. Pendant longtemps, la personne de von Stauffenberg a été idéalisée tant dans la littérature qu'au au cinéma. C'est l’historien allemand Wolfram Wette qui a a fait exploser en 2002 le mythe d’une « Wehrmacht  propre », étrangère aux crimes commis par les SS et les forces spéciales nazies. Wette a aussi démontré que déjà du temps de l'empereur Guillaume II, le corps des officiers prussiens se situait très à droite sur l’échiquier politique : «  il était monarchiste, partisan d’un État autoritaire, opposé à la social-démocratie et au libéralisme ». Ce même auteur a aussi  souligné qu'il existait au sein du corps des officiers allemand "une attitude fondamentalement antisémite". Un tel état d'esprit prévalait encore en 1926 au moment où Sauffenberg a débuté sa carrière militaire. Treize ans plus tard, le contenu d'une lettre qu'il écrivit à son épouse lors de la campagne de Pologne de 1939  démontre que la mentalité des officiers de la Wehrmacht était  généralement comparable à celle qui prévalait du temps de l'empereur Guillaume II  : « La population est une incroyable populace, très nombreux Juifs  et très nombreuses personnes qui ne sont pas de race pure. Un peuple qui ne se sent bien que sous le knout. Les milliers de prisonniers vont faire vraiment du bien à notre économie agricole. En Allemagne, ils pourront sûrement être bien utilisés, vaillants, obéissants et se contentant de peu. »

    SStauffenberg Hitler pl.jpgi dans les années 1930, von Stauffenberg a pu être reconnaissant au parti d'Adolf Hitler d'avoir rendu sa grandeur à l'armée, il a en revanche insensiblement pris ses distances avec le régime, conscient qu'à l'Est notamment, le Reich conduisait une lutte d'extermination. Depuis lors, von Stauffenberg s'engagea  résolument dans le complot visant à supprimer le Führer. Il le paiera de sa vie.

     

    Claude Bonard

     

    * « Die Bevölkerung ist ein unglaublicher Pöbel, sehr viele Juden und sehr viel Mischvolk. Ein Volk, welches sich nur unter der Knute wohlfühlt. Die Tausenden von Gefangenen werden unserer Landwirtschaft recht gut tun ». In Deutschland sind sie sicher gut zu gebrauchen, arbeitsam, willig und genügsam. » Extrait de : Heinrich August Winkler, Der lange Weg nach Westen, volume 2 : Deutsche Geschichte vom „Dritten Reich“ bis zur Wiedervereinigung, Beck, 2000, p. 103.
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