• Casque et masque, 1602-2020, un prêté pour un rendu !

    Ton rire ciselé dans l'acier noirci ne nous fait pas peur malgré ton rictus vide et figé. Une mauvaise grimace ! maléfique comme le virus, cette plaie d'aujourd'hui, appelée Covid. "Co" comme couard ... "vid" comme perfide ! Il ya 418 ans, ton ancêtre a tenté de percer nos défenses en décembre 1602. Aujourd'hui, ton misérable avatar tente de nous prendre par surprise à nouveau. Grâce à un rire jaune ... moins goguenard, moins misérable, moins grimaçant que le tien en décembre 1602. Il en est d'autant plus dangereux ! Mais tu ne nous auras pas ! Une nouvelle fois, nous allons te culbuter hors les murs, comme ton ancêtre voyou de 1602 ! Je reprends les mots du grand Pindare : "L'hypocrisie, sous les couleurs d'un langage séduisant, voile la perfidie et le mensonge." Et pour t'accabler, je voudrais te dire que contrairement à toi qui te cachait sous ton masque de fer en 1602, c'est aujourd'hui un autre masque qui nous protège des miasmes. Un prêté pour un rendu ! Armet rire.jpg

     Claude Bonard

  • L'Escalade de 1602 et la "cartographie des violences"

    L'historien français Jean-Marie Legal a magistralement évoqué cet aspect des choses dans son ouvrage consacré à l'ancien régime « une histoire personnelle de la France » publié en 2013. Lorsqu'il évoque les guerres de religion – et il faut bien considérer l'Escalade comme un résidu de ces guerres- il évoque d'une part la violence protestante, d'autre part la violence catholique. Ça reste vrai même si l'Escalade intervient dans une période dite « de pleine paix ». Au cours des guerres de religion nous dit Jean-Marie Legal, " les protestants qui engagent des guerres veulent obtenir des libertés, des garanties, et mettent en avant un droit de résistance pour résister à l'oppression "...... puis plus loin.... " la violence protestante est enfin une violence pédagogique qui revient à détruire ce qui est tenu pour sacré par les catholiques afin de reconfigurer la frontière entre profane et sacré ". Et de poursuivre : " A partir des années 1570, l'espérance initiale les a quittés et leurs soulèvements ont pour but de se défendre et de défendre les droits acquis dont la violence catholique veut les priver ". C'est le cas lors de la nuit de l'Escalade. Et la violence catholique ? Jean-Marie Legal la qualifie de  "violence de purification ". Et c'est précisément cette notion de  purification  qui a été inculquée par le prince, ses aumôniers et ses commandants, aux troupes venant escalader Genève. Une sorte de préparation idéologique dirait-on aujourd'hui, venant justifier tous les comportements, même les plus violents et sordides. Pour les troupes ducales, tel est aussi l'intention en cas de victoire – à leurs yeux certaine, lors de l'Escalade. Il faut punir ces protestants par là où ils ont péché. Lorsque Charles-Emmanuel de Savoie promet à ses troupes qu'une fois la ville prise il pourront se livrer à un  pillage sans merci, il ne fait que se conformer aux pratiques en vigueur quelques années plus tôt à l'occasion des guerres de religions. Il ne fait pas de doute que si les mercenaires savoyards avaient pu pénétrer dans Genève et s'en saisir, on aurait aussi assisté aux scènes hélas courantes en France s'agissant des violences faites aux protestants : " On leur coupe les mains, parce que c'est avec elles qu'ils ont commis des actes d'iconoclasme. Et dans le registre de la purification, on éviscère les femmes, extirpant du bas-ventre la souillure que constitue la reproduction du blasphème dans le corps social et politique du royaume " - en l'occurence ici, du duché. Et encore  "on massacre les enfants. Les dépouilles d'hommes, de femmes et d'enfants sont mises au feu ou jetées au fleuve, pour priver de repos en terre sacrée les âmes des hérétiques". Heureusement pour les Genevois, un facteur moral a joué en leur faveur, à savoir celui de l'indiscipline des troupes de Savoie. L'historien Gérard Bodinier, souligne à propos de la discipline que "dans les armées européennes  la discipline est loin d'être complètement établie, même si les princes et souverains tentent d'améliorer cette discipline, facteur essentiel à la cohésion des mouvements de troupes ".
    Qui plus est, dans les armées formées de mercenaires individuels qui ne sont liés à leurs chefs que par l'appât de la solde, cette discipline tend à se réduire, ce qui se caractérise en campagne par une recrudescence du pillage des viols et autres exactions frappant les populations civiles.
     
    Elzingre Mantelet.jpgClaude Bonard

  • Souvenir du 27 mai 1974, l'investiture de VGE

    En mai 1974, je me trouvais en vacances studieuses à Paris pour effectuer des recherches au Service historique de l'armée de terre (SHAT) au château de Vincennes. Le 27 mai, jour de l'investiture du nouveau président de la République, les salles de consultation étant fermées, j'avais décidé d'assister, si possible de près, à cet événement. Je me suis rendu très tôt au 55 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, pile-poil face au porche d'entrée de l'Elysée, bien placé au milieu d'un public  nombreux venu assister à l'événement. Une arrivée savamment orchestrée qui tranchait avec le protocole habituel. En effet, M. Giscard d'Estaing est arrivé à pied, en tête d'un cortège au désordre savamment mis en scène. Je me souviens avoir été frappé par le visage livide de M. Jacques Chaban-Delmas dont la candidature avait été torpillée par les siens. M. Giscard d'Estaing était attendu sur le perron de l'Elysée par M. Alain Poher, président du Sénat qui, pour la seconde fois de sa carrière, était président de la République par intérim. Etant placé face au porche majestueux et pouvant voir en enfilade ce qui se passait dans la cour d'honneur, je n'ai rien perdu de cette arrivée qui bousculait le protocole au propre comme au figuré. Giscard champs-élysées.jpegUne fois la cérémonie terminée, le nouveau président, a encore une fois surpris son monde. VGE avait en effet décidé de remonter à pied les Champs Elysées jusqu'à l'arc de triomphe de l'Etoile. Du jamais vu depuis 1944 ... !! mais en sens inverse lorsque le général de Gaulle descendit à pied les Champs entouré d'un nombreux cortège. Je m'étais placé debout sur une chaise devant le café Georges V afin de voir passer cet étrange cortège. On entendait les salves d'honneur tirées par les pièces d'artillerie placées non loin. Au niveau de la symbolique, M. Giscard d'Estaing bouscula encore le protocole puisqu'il décida de faire jouer le Chant du départ composé par Marie-Joseph Chénier et Etienne-Nicolas Méhul en lieu et place de la Marseillaise lors des cérémonies officielles. Ce chant qu'il affectionnait avait été composé en 1794 afin de célébrer les victoires des armées de la République. C'était il y a 46 ans et je n'ai rien oublié de cette journée.
     
    Claude Bonard
     
    Photo : www.elysee.fr (d.r.)