Genève, bientôt le 1er juin. Que célèbre-t-on ?

En décembre 1813, lorsque sonna l’heure de la restauration de la République, Genève se retrouva isolée au sein d’une Europe en pleine recomposition. Ce fut, pour les Genevois, l’heure des choix : L’indépendance dans l’isolement ? Réponse non ! Les responsables politiques de la République restaurée estimèrent que « pour rester Genevois, il faut devenir Suisse ». La Diète décide alors d'envoyer à Genève deux contingents militaires, l'un de Soleure, l'autre de Fribourg, afin de marquer symboliquement la bienveillance des cantons suisses envers Genève et d'en renforcer la modeste garnison. Mis sur pied pour le 24 mai 1814 à Fribourg, le détachement fribourgeois va se mettre en route le matin du 26 mai. Le lieutenant-colonel Louis Girard a été désigné par la Diète pour commander l’ensemble de la troupe suisse envoyée à Genève. Cette troupe passe la nuit du 26 mai à Payerne, le 27 elle est à Moudon, les 28 et 29 à Lausanne, le 30 à Rolle, le 31 à Nyon où elle est rejointe par le contingent soleurois. Le 1er juin 1814, au Port du Traînant à Cologny, l'actuel Port Noir, ces pacifiques soldats  débarquent dans une atmosphère festive. Ainsi que l’a rappelé avec amusement le regretté Jean-Claude Mayor dans un texte publié à l’occasion du 175e anniversaire de l’entrée de Genève dans la Confédération :
 
« On fit semblant d’ignorer qu’il y avait un peu de malice de la part de la Diète, dans le choix de soldats des deux cantons catholiques. Manière de nous faire comprendre que notre confédéralité devrait impliquer une certaine tolérance ».
 
A la suite de ce débarquement la situation politique évolue rapidement avec le vote de la Diète fédérale du 12 septembre 1814 et le traité d’adhésion de Genève à la Suisse du 19 mai 1815. Cette période est aussi marquée par l’intense activité diplomatique conduite de 1815 - 1816 par les négociateurs genevois Pictet de Rochemont d’Ivernois et Eynard, négociations qui vont donner au nouveau canton ses frontières actuelles non sans l’amer regret pour nos diplomates de ne pas avoir obtenu les territoires allant de la Valserine au Rhône et au Fier. Devenir Suisse…. que voilà une relation qui n’aura rien d’un long fleuve tranquille ! En 1992, rédigeant l’un des chapitres d’un ouvrage collectif édité par la Bourse de Genève, l’historien genevois, futur président du Conseil d'Etat et « grand argentier » David Hiler l’a rappelé en dépeignant dans un texte écrit d’une plume teintée d’humour l’évolution de la relation entre Genève et la Suisse de 1814 à 1945. Son texte - je devrais dire sa fable  - avait pour titre : « De la déclaration d’amour aux dures réalités de la vie en commun (1814 – 1945) ». Je ne résiste pas au plaisir de vous en décliner les têtes de chapitres :
 
 "- Prologue d’une épreuve initiatique, (1798 – 1814).
  -  D’une déclaration d’amour à quelques sacrifices qu’elle demanda, (1814 – 1815).
  - D’un contrat de mariage et de quelques regrets qu’il suscita, (1846 – 1872).
  -  D’un renforcement des liens et de quelques inquiétudes sur la fidélité du partenaire, (1874 – 1918).
  - Du difficile apprentissage de l’intimité et d’un destin singulier. (1920-1945)."
 
Vous l’admettrez… on ne peut mieux décrire et résumer la nature et l’évolution des relations entre la Confédération et Genève.
 
Bon 1er juin à tous ! 
 
Claude Bonard
 
Sources : “ Le Contingent fribourgeois à Genève
(extrait du “ Livre des Grenadiers Fribourgeois ”, 1966).
Louis Binz, Brève histoire de Genève, Chancellerie d'Etat 1981.
Alfred Dufour, Histoire de Genève, Paris, PUF,1997.
 
Illustration :Carte postale d'Edouard Elzingre faisant partie d'une série de 10 cartes éditées à l'occasion du centenaire de la réunion de Genève à la Suisse 1814-1914. (d.r.)Fribourg Girard 1er juin Genève Elzingre.jpeg
 
 
 
 
 
 
 
 

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