• Dantzig - souvenir d'une belle rencontre autour d'une ville marquée par l'histoire

    Les anciens  et les historiens se souviennent  du fameux texte "Mourir pour Dantzig" signé par Marcel Déat, homme politique issu des rangs du parti socialiste français avant de succomber aux sirènes proches du fascisme et qui fut plus tard l'une des figures de la collaboration au moment du régime de Vichy.

    L'évocation du nom de Dantzig, aujourd'hui Gdansk, me rappelle aussi une étonnante rencontre chez le regretté Père Glôzu il y a deux ans. Je déjeunais une fois de plus avec un ami au Restaurant de l'Hôtel de VDantzig borne.jpgille en évoquant divers aspects de la vie politique polonaise, Au cours de la discussion, une dame très distinguée qui occupait la table voisine avec son mari prit la liberté de m'interpeller avec beaucoup de déférence en me disant :" Excusez-moi Monsieur, je vous ai entendu parler de la ville de Gdansk, de mon temps Dantzig. J'y ai passé les toutes premières années de ma vie. Je me présente; je suis la fille de Carl Burckhardt." Quelle ironie du destin de me trouver soudainement en présence de la fille de ce diplomate suisse qui fut haut-commissaire de la Société des Nations dans la ville libre de Dantzig depuis 1937. Une cité et un corridor qui furent au coeur des tensions germano-polonaises et dont le territoire fut occupé par l'Allemagne nazie le 1er septembre 1939. Pour moi une improbable et incroyable rencontre, L'histoire prenait chair en écoutant cette dame me conter ses souvenirs de prime enfance. Passionnant d'avoir pu évoquer cette période  annonciatrice de tant de  tragédies.

    Claude Bonard

     

    Photo CB  : Borne  de la ville libre de Dantzig 1920-1939

  • 31 août 1980 un temps bien lointain en Pologne

    Il y a quarante et un Walesa.pngans, le monde ébahi découvrait la forte personnalité d'un ouvrier électricien, un certain Lech Walesa. C'était aussi le temps de Jacek Kuron et de Bronislaw Geremek deux des plus grandes figures de Solidarnosc et du Comité de défense des ouvriers, le KOR, qui reposent aujourd'hui côte à côte au cimetière national de Powonski à Varsovie. Ce 31 août 1980 marqua aussi le début d'un foisonnement culturel incroyable. Ce fut le temps de Wajda, de " l'Homme de Fer" et de "l'Homme de Marbre", le temps de Kieslowski et du "Hasard", superbe variation cinématographique sur les thèmes du destin et de la liberté. Le temps d'Adam Michnik, de Bogdan Lis et de tant d'autres, témoins connus et anonymes de cette révolution qui ne portait pas son nom, portée par des milliers d'ouvriers, d'artisans, d'intellectuels, d'étudiants mais aussi de retraités, toutes couches sociales mélangées, emportés par la vague de Solidarnosc. Ce 31 août 1980 marqua le début du temps de l'espoir … un espoir pourtant douché en décembre 1981 par l'instauration de la loi martiale et le régime d'exception du Général Jaruzelski. Ce fut alors le temps des internements abusifs, de la censure, de la délation, des mises en résidence surveillée et des privations. Mais qui sait, ce régime d'exception brutal a peut-être permis d'éviter des tourments bien pires, à savoir ceux qu'auraient apportés en Pologne dans le fracas de leurs chenilles, les blindés soviétiques. Les historiens ont à cet égard du pain sur la planche afin de faire la lumière sur le régime instauré par le général aux lunettes noires. Solidarnosc va pourtant survivre de façon clandestine et personne n'imaginait alors que Lech Walesa serait élu président de la République en 1990 en ayant à ses côtés l'intellectuel Tadeusz Mazowiecki qui dirigea le premier gouvernement non communiste du pays à l'aigle blanc. Ce temps est bien lointain  en Pologne et le syndicat Solidarnosc d'aujourd'hui a perdu plus que son âme et il n'est pas le seul dans un pays où les plus jeunes générations n'ont pas vécu les années de plomb et où la réécriture de l'histoire a hélas le vent en poupe.

    Claude Bonard 

     

  • 28 août 1939 ... pour ne pas oublier !

    Le 28 août 1939 au soir, le Président de la Confédération suisse annonce à la radio la décision du Conseil fédéral de mobiliser les troupes frontières en raison du danger de guerre menaçant. Le 30 août, l'Assemblée fédérale élit le commandant en chef de l'armée en la personne du commandant du 1er corps d'armée, Henri Guisan. Son élection est accueillie favorablement dans le pays. Conscient du fait que la situation politique se dégradait rapidement en Europe et qu'un conflit était proche, le gouvernement suisse convoqua l'Assemblée fédérale pour le 30 août 1939 et se décida à publier une nouvelle déclaration de neutralité.

    En 1936, officier général respecté et ayant une vision prémonitoire, le colonel divisionnaire Roger de Diesbach ne cache pas qu'il considérait la guerre comme inévitable dans un texte destiné à un large public intitulé Dangers de guerre et défense nationale :
     
    "Alors déjà, ( en 1936) je considérais la guerre comme inévitable. C'est un état de fait qui nous y mène fatalement, et les incidents qui se multiplient, toujours plus graves, toujours plus menaçants, n'en sont que les conséquences et non les causes.
    Cet état de fait provient essentiellement de l'existence de plusieurs impérialismes contradictoires et inassouvis, qui cherchent leurs voies et doivent fatalement se heurter. Et les groupements qui se dessinent actuellement en vue du conflit de demain, pourraient bien ne représenter que les éliminatoires, précédant une finale, qui se jouerait ultérieurement. Et ainsi, la guerre, si elle commençait, n'en finirait plus. Les événements d'Espagne, qu'on ne pouvait prévoir en mai dernier, ne sont en eux-mêmes qu'un mauvais brûlot venant s'ajouter à tous les autres. Mais il est probable, cette fois-ci, que l'incendie général ne tardera plus. ( … ) Il est impossible de contester, disais-je, que tous les peuples non seulement en Europe mais dans le monde entier, se préparent fébrilement pour une guerre prochaine qu'aucun ne veut peut-être, mais que tous considèrent comme inévitable. ( …) Un jour la faim fait sortir le loup du bois, et c'est la guerre. Et dans ces pays à dictature, le chef - “Führer” ou “Duce” - a fait assez pour son peuple pour qu'il puisse compter en toutes circonstances sur son approbation enthousiaste et aveugle, et, d'autre part, il le tient d'une main si ferme, qu'il est assuré d'avance contre toute défaillance au moment critique”.
     
    Compilation : Claude Bonard Panecki livre - Nous défendrons.png
     
     
     
    Source : Colonel Ernest Léderrey, introduction, évolution de notre armée, pp. 19-21. La Suisse en Armes, mobilisation 1939, Morat, éditions patriotiques, 204 p.
     
     

     

  • L'histoire d'un cheval ... la petite histoire dans la grande, Marseille 1944

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    Chaque année, à l'approche de la date anniversaire de la libération de Marseille le 28 août 1944, je ne peux pas m'empêcher de me remémorer cet événement qui a durablement marqué ma vie. Dès le début des années 70, la romancière et académicienne Edmonde Charles-Roux m'a beaucoup soutenu, assurant notamment la promotion de mon livre "Marseille bataille des Seigneurs" à Marseille en 1972 avec son mari, M. Gaston Defferre alors Maire de Marseille et patron du Provençal. Madame Charles-Roux était aussi venue me voir à Genève lorsqu'elle écrivait son roman "Elle Adrienne" dont l'action se déroule en partie à Marseille au moment des combats pour la libération en août 1944. J'avais alors 26 ans et elle était déjà détentrice du Prix Goncourt. Pour moi, une rencontre extraordinaire dans mon petit studio du 38 chemin Sarasin au Grand-Saconnex. J'avais été acheter quelques sandwiches, des chips du jus d'orange et une bouteille de vin à la Coop toute proche ! Au cours de notre discussion, Madame Charles-Roux a été fascinée par l'histoire du cheval du général Schaefer qui commandait les troupes allemandes à Marseille. Au début des années 60, le général que j'avais rencontré à Edingen à plusieurs reprises m'avait donné un article de journal qui relatait l'aventure de son cheval "Greif" ( Griffon) qu'il avait tenté de faire venir en France depuis le front russe. L'équidé fut tué au cours du transport, la résistance ayant fait sauter près de Belfort le train qui le transportai. Mme Charles Roux avec trouvé cette histoire très romanesque et l'a fait figurer dans son roman. J'ai déposé cette pièce, avec d'autres, au Service historique de la Défense à Vincennes en 2015 : Service historique de la défense à Vincennes, Fonds Bonard DE 2015 PA 51 - archives privées.

    Claude Bonard

  • L'Amérique ... nous ... et la mémoire courte ...

     
    Afghanistan : les critiques envers l'Amérique, son président actuel et son administration sont virulentes, méprisantes et acerbes sur les réseaux sociaux et pas seulement. Les stratèges de salon se déchaînent. Sans vouloir minimiser les responsabilités de ce qui se passe aujourd'hui du côté de Kaboul, je voudrais juste rappeler que ce qui se passe est le fruit de projets, de décisions ou d'engagements pris du temps des présidences Obama et Trump, n'en déplaise aux thuriféraires de l'ex président Trump. Les Américains, mais pas seulement, soyons honnêtes, les Européens et les autes pays membres de l'OTAN se sont aussi fourvoyés - pour la /notre bonne cause - depuis vingt ans, y compris, politiquement, notamment en Libye du temps de MM Nicolas Sarkozy et David Cameron. Le président Chirac, souvent brocardé, avait pourtant vu juste s'agissant de l'Irak.
     
    Je sais, c'est facile à dire bien assis dans un confortable fauteuil en Europe, bien loin des turpitudes et angoisses du front. Ceci étant admis, ceux qui, en Europe fustigent l'Amérique, devraient se souvenir qu'en 1944, ils furent des milliers qui ne savaient même pas où était la France, et encore moins la Normandie à avoir donné leur jeunesse pour que nous puissions, ceux de ma génération, vivre la nôtre. Il suffit de visiter une fois dans sa vie le cimetière américain de Colleville-sur-Mer en Normandie pour s'en rendre compte. Ce n'est pas une excuse. Simplement un fait historique à ne pas oublier. Et pour ceux qui comparent Kaboul à le défaite de Saïgon, je voudrais juste rappeler que ce que l'on a appelé la Guerre d'Indochine date de 1946. Elle a duré jusqu'en 1954, suivie des accords de Genève. La guerre du Viet-Nam n'en a été que la suite, Guerre froide devenue chaude oblige, elle aussi connut une issue désastreuse  pour l'Occident  mais pouvait-il en être autrement ? ... juste retour des choses ... 
     
    Claude Bonard 
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