Lettre imaginaire à l'artiste Edouard Elzingre (1880-1966)

"C'est l'imagination qui illumine pour notre jeu le cerveau des hommes " Amphitryon 38 - Jean Giraudoux
 
Sans vous, Monsieur, Elzingre, avec tout le respect que je vous porte, que je me demande si je me serais autant intéressé à l'histoire de ma ville et de mon canton, et aussi à la cavalerie et aux chevaux. Je me demande aussi si j'aurais autant vibré, depuis l'âge de six ans, en 1952, lors de la commémoration de l'Escalade de Genève. Je me revois gamin, à la mi- décembre 1952, dans la foule compacte à la Corraterie, sous une neige battante, regarder passer le cortège de la Compagnie de 1602 et frémir lorsque passa devant moi le Guidon de la République. Ce cavalier escorté de ses poursuivants caracolant sur des chevaux fumants vu l'écume qui ruisselait sur leurs flancs nonobstant le froid et la neige ! Vos aquarelles prenaient alors vie même si j'étais fatigué et transi par la neige ! Puis, un an plus tard, en 1953, âgé de sept ans, accompagnant mon cavalier et officier de père à l'ancien Palais de expositions à l'occasion du Concours Hippique International Officiel de Genève, j'étais grisé par le son des trompes de chasse du Rallye Saint-Hubert, par les uniformes flamboyants des officiers de cavalerie, par les tuniques rouges et les bombes des cavaliers ainsi que par la beauté de leurs chevaux. Aujourd'hui encore, je me souviens des noms de mes héros de l'époque de mes sept ans : Francisco Goyoaga, Pierre Jonquière d'Oriola, Hans Günther Winkler, les frères d'Inzeo et surtout Miss Pat Smythe dont je prononçais alors le nom “Miss Pat Smiss”, lorsque je la vis revêtue de l'écharpe rose de meilleure cavalière du concours et gagnante aussi le trophée de la coupe Carven.
 
C'est grâce à elle ... et à vous ... que j'ai appris que Carven était une maison de parfums ! Je rêvais de Miss Pat "Smisss" en tout bien tout honneur pour un petit garçon de sept ans qui avait plein d'étoiles dans les yeux. Je tenais dans mes mains le programme du concours dont vous aviez dessiné la couverture. Je croyais alors que c'était elle ! Vous étiez là, si modeste, au milieu de la piste sans que je le sache en cette soirée au vénérable Palais des expositions ! Oui, je vous voyais sans vous voir Monsieur Elzingre, vous, à la tenue civile si sobre au sein de tous ces uniformes, avec votre petit chapeau et avec une planche à dessin à la main et qui crayonniez sans cesse. Je ne me doutais pas alors qu'il s'agissait de vous Monsieur Elzingre. Oui vous ! l'immense artiste-peintre et illustrateur surnommé à Genève “le peintre de l'Escalade”.
 
Vous avez fait basculer ma vie ! J'a su bien plus tard que vous aviez créé de nombreuses affiches et illustré plusieurs livres d'histoire dont la célèbre trilogie d'Alexandre Guillot composée de la nuit de l'Escalade en 1915, du siècle de la Réforme à Genève en 1917 et de la Restauration genevoise en 1919. En collaboration avec l'historien Pierre Bertrand, vous avez publié en 1960 L'histoire de Genève en bandes dessinées et commentées. Vos sujets de prédilection étaient outre l'histoire, le monde du cheval, du concours hippique, des courses ainsi que celui du cirque.
 
Monsieur Elzingre, je vous le confesse aujourd'hui, vous m'avez fait découvrir plusieurs mondes... celui de l'histoire de Genève, celui du cheval, de l'équitation et des concours, celui du cirque Knie aussi. Aujourd'hui encore, tant d'années après notre première rencontre impromptue de 1953, vos dessins et vos aquarelles me remplissent de joie car je vous l'avoue, depuis que j'ai goûté à la pointe de votre crayon, je n'ai eu de cesse d'y revenir ... Une sorte de drogue voyez-vous ...
 
Votre dévoué, Claude Bonard
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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