Vous connaissez Don Saluste et Blaze. Connaissez-vous du Terrail et La Bastide ?

Vous connaissez :
 
Don Quichotte et Sancho Panza
D’Artagnan et Planchais
Lagardère et Passepoil
Don Salluste et Blaze
Peter & MacIntosh
Stanislas Lefort et Augustin Bouvet
 
Vous ne connaissez pas du Terrail et la Bastide  ? alors voilà leur  histoire qui mit Genève en danger en 1609 :
 
En lisant l'Histoire de Genève écrite par de Jacob Spon (1647-1685), on découvre une singulière tentative savoyarde visant à s'emparer de Genève en 1609. Louis Comboursier, seigneur du Terrail, "gentilhomme français de bonne Maison" avait été obligé de s'exiler. Spon en raconte les raisons : " Etant haut à la main – aimant les duels – il eut querelle au Louvre contre un Gentilhomme qu’il tua, devant les yeux de Sa Majesté qui étoit aux fenêtres." Ce qui l’obligea de fuir promptement hors de la France. Après un séjour aux Pays-Bas, du Terrail s’établit à Turin avec comme écuyer, un Bordelais dénommé la Bastide. Les deux hommes décident d'aller saluer le duc Charles-Emmanuel qui – je cite – "s’ouvrit à eux, de la passion qu’il avoit de se rendre Maître de Genève par quelque entreprise." Du Terrail et la Bastide proposent leur service au duc qui leur donne la mission d’aller reconnaître la garde, les forces et l’état de Genève. Un plan d’attaque ingénieux est élaboré qui prévoit de surprendre par bateau le port du lac où les gardes sont faibles. Des soldats débarqués prendraient ensuite d’assaut la porte de Rive pour se ruer sur la cité en prenant les défenses à revers. Du Terrail et son compère se rendent à Evian où ils restent huit jours, s’informant sur les mouvements de barques en direction de Genève. Fort de ces renseignements, du Terrail se rend auprès de Charles-Emmanuel qui est convaincu de la faisabilité du projet. L’entreprise est agendée à la fin du mois de mai 1609 : 
 
Du Terrail et la Bastide entendaient se procurer en Savoie cinq grandes barques sur lesquelles on charge d’habitude du bois. Ils envisagent de cacher sous le bois entassé 200 soldats par barque, sous le pont, soit mille hommes d’armes. Pourtant, ce plan fort bien préparé échoue grâce à l’action déterminée d’un garçon de bains de Chambéry qui intercepte des conversations et se dépêche d’en avertir les autorités genevoises. Selon Spon : "Du Terrail ayant joüé au jeu de peaume à Chamberi, se fit frotter & pendant ce tems-là, la Bastide & quelques autres lui présentèrent un papier où étoit le Plan de Genève, discourant entr’eux assez bas comme d’affaires d’importance ; néanmoins le Valet de tripot qui lui chauffoit une chemise, ouït qu’ils parloient de Genève. (…) Cela lui fit encore davantage prêter l’oreille, & il comprit qu’ils s’entretenoient de quelque entreprise sur cette Ville. Ce Valet qui avoit un frere dans Genève, l’alla rapporter à un Marchand de cette Ville, qui étois pour lors à Chambery, le priant d’en avertir son frère, afin qu’il se sauvât de ce danger. Le Marchand de retour à Genève en avertit non seulement ce frere, mais aussi les Magistrats, qui ne méprisèrent par l’avis."
 
Messieurs de Genève donnent rapidement le signalement des deux conspirateurs à leurs alliés. Du Terrail est arrêté à Vuiteboeuf près d’Yverdon. La Bastide est aussi arrêté et mis à la question. Il avoue tout le projet. Du Terrail nie tout d’abord puis, menacé de subir le même suplice, selon Spon : " la larme à l’œil » confessa tout ".
 
Louis de Comboursier, seigneur du Terrail, gentillhomme ordinaire de la chambre du roi et apparenté aux familles les plus nobles du Dauphiné, du Lyonnais et de l’Auvergne est condamné à mort après un procès expédié en trois jours et décapité au Molard le 19 avril 1609. On a là un exemple de l’inflexibilité d’une Genève pour laquelle la raison d’Etat devait primer sur toute autre considération lorsque l’indépendance de la cité était en jeu. Deux jours plus tard, la Bastide fut pendu.
 
Spon écrit que du Terrail fut regretté à Genève , car "c’étoit un homme de bonne mine "
Le peuple, au fond, l’aimait bien malgré sa faute et des quatrains furent composé à sa louange au moment de son exécution :
 
" Tel fut de Du Terrail l’injuste et triste sort,
Toujours victorieux, mais vaincu par l’envie,
Sa vie lui devoit une plus belle mort :
Mais sa mort lui promet une plus belle vie."
 
 
Source  et extraits : Jacob Spon, Histoire de Genève. 2 volumes, Genève, Slatkine – reprint, 1976.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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