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  • 15 juillet 1410, des Suisses alliés aux chevaliers teutoniques vaincus à Grunwald

     
    En 2006 je me suis trouvé lors d'un déjeuner à la table de M. Bronislaw Geremek (1932-2008) historien médiéviste et homme politique polonais de renom à l'occasion d'une conférence ayant eu lieu à Genève. Au cours de notre discussion, M. Geremek m'avait malicieusement fait remarquer qu'à la bataille de Grunwald (première bataille de Tannenberg) du 15 juillet 1410 entre les Polonais et les Grunwald gravure.jpgLituaniens face à l'ordre Teutonique, des hommes d'armes de haute lignée provenant de Suisse s'étaient trouvés du côté des chevaliers teutoniques .... la victoire polono-lituanienne de Grunwald marqua la fin de l'hégémonie de l'ordre Teutonique sur les territoires polonais et baltes.Pour nos preux Suisses , ces croisades à l'Est afin d'évangéliser et de coloniser par le fer les terres slaves avaient la même signification que les croisades en Terre sainte. Autres temps autres moeurs. 
     
    Claude Bonard 
     
    Illustration : Wikipedia (d.r.)

  • 14 juillet : Sans culottes et avec culottes - les secrets du protocole

    Contrairement à l'adage, l'habit - ou plutôt la culotte - fait le moine !
    En ce 14 juillet, nous connaissons tous l'image des "sans-culottes" de la Révolution française. En revanche, connaissez-vous l'histoire de la symbolique des couleurs des culottes de cavalerie de la Garde républicaine ? ... si ce n'est pas le cas, la voici en prenant comme exemple la visite de travail du président de la Confédération M. Alain Berset à Paris en septembre 2018. Le détachement d'honneur du 1er régiment d'infanterie de la Garde républicaine qui rendait les honneurs dans la cour de l'Elysée était vêtu de la tenue de tradition de la Gendarmerie qui n’a que peu évolué en 130 ans. La couleur du pantalon est identique à celle de l'uniforme porté par les autres gendarmes, soit bleu avec un passepoil noir. En revanche, les cavaliers et motards de la Garde sont équipés d’une culotte (tradition équestre ) pour les services d’honneur. Elle est d’un bleu identique à celui du pantalon des fantassins mais une autre culotte, blanche sans bande noire est portée lors des services d'honneur exécutés au profit et en présence du chef de l'Etat . Il y a ainsi une marge d'appréciation au niveau du protocole. Usuellement, la culotte bleue est portée lors de l'accueil de ministres étrangers et la culotte blanche est portée en grande tenue lorsque le président de la République reçoit ses homologues étrangers en visite officielle ou d'Etat. Dans le cas de M. Alain Berset en 2018, il s'agissait d'une visite dite de travail. Lors de la rencontre précédente entre le président Macron et Mme Doris Leuthard, la couleur de la culotte était aussi bleue, on peut ainsi en déduire que la visite de Mme Leuthard était aussi une visite de travail.Comme quoi, dans le protocole, et dans la cavalerie, contrairement à l'adage, la culotte fait le moine ! ... Et par Saint-Georges, vive la cavalerie ! 

    Claude Bonard

     

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  • Röstigraben à la Polonaise

    Ce soir, Monsieur Andrzej Duda, président de la République sortant, porteur de la  révolution conservatrice * initiée depuis cinq ans  par M. Jaroslaw Kaczynski, président du parti Droit et justice (PIS) est réélu pour un second mandat  avec 51,03% des suffrages. Son challenger, M. Rafał Trzaskowski, maire de Varsovie, candidat de centre-droit, porteur d'une politique d'ouverture et de tolérance est battu, récoltant 48,97% des suffrages. Avec un taux de participation à faire pâlir en Suisse, 68,1%  dans les locaux de vote, ce qui mérite d'être souligné. Avec ce résultat, la Pologne est, pour cinq ans de plus, un pays coupé en deux politiquement et géographiquement parlant, avec deux camps irréconciliables, deux visions du pays et de son avenir. Des fractures qui se répercutent aussi dans les familles et au sein des amis. Parler politique est tabou pour éviter les querelles. Un multiple Röstigraben  coupe la Pologne en deux : un premier entre grandes agglomérations, villes moyennes et milieu rural, un second entre ouverture et conservatisme, un troisième entre tolérance et intolérance, un quatrième entre démocratie et autoritarisme, un cinquième entre les générations.  Le peuple a parlé, dont acte. Frédéric Chopin a écrit un magnifique prélude de la goutte d'eau (prélude opus 28 no 15). Ce soir,  je parlerais plutôt de prélude de la larme.

    Claude Bonard 

    * qualificatif utilisé par le  correspondant du journal Le Monde à Varsovie

    Illustration : Wikipedia (d.r.)

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  • Un déserteur genevois s'empare de la Bastille le 14 juillet 1789

    Depuis 1880, en France, le 14 juillet est jour de fête nationale. Cette date rappelle la fête de la Fédération du 14 juillet 1790, jour d'union et de fraternité entre toutes les classes sociales et toutes les factions. Une unité de façade  qui ne va pas durer comme chacun sait. Mais dans l'inconscient collectif, c'est la date du 14 juillet 1789, celle la prise de la Bastille qui a marqué les esprits. Chez nous, peu nombreux sont ceux qui se souviennent que c'est un déserteur genevois, forte tête et mauvais garçon qui fut à la tête de la populace qui s'empara de la Bastille. En 1812, toujours à Paris, il sauva le régime de Napoléon alors en Russie. Sans ce déserteur genevois peu fréquentable, la Bastille n'aurait pas été prise et  sans lui, 23 ans plus tard, en 1812 l'Empire se serait peut-être écroulé en pleine campagne de Russie ...

    Qui était ce personnage peu fréquentable ? Hulin.jpegPierre-Auguste Hulin, sous-officier (fourrier) enrôlé à Genève au sein du Régiment de la République, troupe soldée créée en 1783, déserta et quitta Genève en 1785. Devenu Garde suisse, il fut congédié et vécut chichement à Paris comme employé de buanderie. Forte tête, Hulin adhéra aux idées de la Révolution. C'est lui qui s'empara des canons aux Invalides et marcha ensuite à la tête des émeutiers sur la Bastille pour s'emparer de la forteresse ! Il fit ensuite une belle carrière militaire et sauva notamment l'Empire lors de la conspiration du général Malet en 1812. Devenu général et comte d'Empire. Hulin commandait alors la place de Paris. En pleine tentative de coup d'Etat, Malet tira à bout portant sur Hulin et une balle lui traversa la joue, d'où son surnom depuis lors de "Général bouffe la balle".

    Claude Bonard

  • Juillet 1782 - Genève occupée par les baïonnettes étrangères

    Le mois de juillet 1782 est un mois d'agitation politique et d'occupation militaire pour Genève. Les armées de Berne, du roi de France et aussi de Sardaigne interviennent militairement et rétablissent l’ordre dans la cité à la suite du soulèvement des Natifs et de ses suites. En effet, de nombreux membres de la fraction conservatrice des autorités, connus sous le nom « d’Ultra-Négatifs » sont arrêtés à la suite de cette insurrection et détenus en tant qu’otages. Un nouveau Conseil général est réuni, qui élit de nouveaux membres des Conseils, lesquels ne sont pas reconnus par les cantons suisses effrayés par cette poussée révolutionnaire. Berne et Zurich rompent leurs relations diplomatiques avec Genève. Le roi de France prend fort mal cette révolution qui éclate à ses frontières et le roi de Sardaigne, Victor-Amédée III ne veut pas laisser au seul roi de France et à Berne, l’initiative de pacifier Genève qui doit alors faire face à une coalition de trois armées qui vont converger vers la cité. L’armée bernoise est commandée par le général Robert-Scipion de Lentulus, âgé de 68 ans. Il établit son camp à Bois-Bougy près de Nyon avec trois bataillons de grenadiers, de la cavalerie et son artillerie. Il marche sur le Petit-Saconnex et Varembé. Au même moment, Français et Sardes marchent aussi sur Genève. Sous le commandement du maréchal de camp Charles-Léopold, marquis de Jaucourt, 6'000 hommes prennent leurs quartiers dans le pays de Gex. Les troupes sardes, soit 4’000 sont commandées par le comte de La Marmora, lieutenant-général du Royaume en Chablais, Genevois et Faucigny. En ville, la volonté de résister est fortement ébranlée et finalement, les Représentants renoncent à la lutte. Le 2 juillet 1782, les trois armées pénètrent dans la ville. Les anciennes autorités sont restaurées sous la protection des baïonnettes. Cette occupation militaire durera plusieurs mois jusqu’à la promulgation d’un nouvel édit, appelé par les Genevois, le « Code noir ». Une épuration violente condamne à l’exil de nombreux Représentants dont les biens sont confisqués. Bénédict Dufour fait partie des proscrits et c’est à Constance, en exil, que naîtra son fils Guillaume-Henri, le futur général pacificateur du Sonderbund et ingénieur cantonal. 1782.jpgQuant aux Habitants et Natifs, ils perdent les droits qu’ils avaient acquis antérieurement. Les cercles politiques sont supprimés. La fête de l’Escalade est interdite. Décidément, un sale temps pour Genève.

    Claude Bonard