D'histoire en histoires - Page 2

  • 12 mai 1926, un "18 Brumaire polonais " qui aura des suites à Morges

    Pilsudski CB.jpgEn mai 1926, le maréchal Jozef Pilsudski qui avait abandonné le commandement de l’armée polonaise depuis 1923 vivait le plus souvent retiré dans sa propriété près de Varsovie. Irrité par l’instabilité permanente des gouvernements de la jeune Pologne, il déclencha un coup d’Etat militaire le 12 mai 1926. Le 13 mai au soir, le Président Wojciechowski donnait sa démission et les combats cessèrent. Les affrontements furent vifs. On dénombra 379 morts, dont 164 civils, et 920 blessés. Au cours des jours qui suivirent, on assista à une restructuration totale de l’Etat. Mettant en oeuvre une politique dite « d’assainissement moral », Pilsudski soutenu par l'appareil militaire de ses anciens légionnaires désigna le nouveau premier-ministre et prit le portefeuille de Ministre des Armées. Il dira à la presse : « j’ai accompli un fait historique unique en son genre : ayant exécuté quelques chose qui ressemblait à un coup d’Etat, j’ai su aussitôt le légaliser.» Contrairement aux attentes d’une part importante de la population, il ne brigua pas la charge de Président de la République.

    L'opposition au régime de la « Sanacja » fut très active depuis la Suisse, grâce à ce que l’on a appelé le « Front de Morges », regroupé autour de la figure emblématique du premier président de la République de Pologne, le pianiste Ignacy Paderewski, dont la résidence morgienne de Riond-Bosson constitua un centre de réflexion politique qui tenta d’avoir une influence sur la vie politique polonaise. Le 6 mars 1936, les généraux Sikorski et Haller ainsi que le leader du parti paysan Wincenty Witos vinrent à Riond-Bosson afin de jeter les bases d’une opposition crédible capable de se faire entendre en Pologne. 

     

    Claude Bonard

    Illustration, coll.CB

  • 1945, fin de la Guerre en Europe : 7, 8 ou 9 mai ?

    La capitulation du Japon, le 2 septembre 1945 mettra un terme aux hostilités de la Seconde Guerre mondiale. Quid du le front européen quelques mois plus tôt ?
     
    La situation du Reich étant désespérée, l'amiral Karl Dönitz autorisa le général  Alfred Jodl à signer la reddition complète et totale de toutes les forces allemandes. Le 7 mai  à Reims, Jodl, signa les actes reconnaissant la capitulation sans condition de toutes les forces allemandes  : « Toutes les forces sous commandement allemand doivent cesser les opérations actives à 23 h 01, en Europe centrale, le 8 mai 1945 ».
     
    Le 8 mai à Berlin, peu avant minuit, le Maréchal Wilhelm Keitel, chef d'état-major de l’Oberkommando der Wehrmacht, le Generaloberst Hans-Jürgen Stumpff représentant la Luftwaffe, et l'Amiral Hans-Georg von Friedeburg représentant la Kriegsmarine, signèrent un document presque semblable, en présence du général soviétique Gueorgui Joukov du général américain Carl Spaatz, du maréchal de l'air  britannique Arthur Tedder et du général  français Jean de Lattre de Tassigny.  L'acte étant signé peu avant minuit à l'heure des Alliés occidentaux, il le fut de fait après minuit à l'heure des Soviétiques qui avancèrent l'horloge d'une heure, indiquant l'heure du 9 mai.
     
    Ainsi, pour les pays de l'Ouest  jusqu'à aujourd'hui, la fin de la Guerre en Europe a eu lieu le 8 mai, mais pour les Russes et les anciens pays du bloc de l'Est  aujourd'hui  membres de l'UE c'est toujours la date du  9 mai 1945 qui fait foi.
     
    Gdansk Guerre.jpegEt dire que septante-sept ans plus tard,  en ce printemps 2022, certains, sur notre continent,  agitent le spectre d'une Troisième Guerre mondiale ... 
     
     
     

  • Rousseau et la Pologne : les nobles sont tout ; les bourgeois ne sont rien ; et les paysans sont moins que rien

    Puisque la journée du 3 mai est celle de la fête nationale polonaise il me semble approprié de mettre en évidence le rôle joué par Jean-Jacques Rousseau dans la propagation des idées nouvelles dans les milieux éclairés de la société polonaise d'alors. Bien que n’étant jamais allé en Pologne, Rousseau avait identifié  dans son essai intitulé "Considérations sur le gouvernement de Pologne" les problèmes qui minaient l’Etat polonais. S’agissant de la manière très particulière dont était composée la société polonaise, Rousseau écrivit que " la nation polonaise est composée de trois ordres : les nobles qui sont tout ; les bourgeois qui ne sont rien ; et les paysans, qui sont moins que rien.» Tout était dit.
     
    L'ambassade de Suisse en Pologne avait judicieusement mis en avant les écrits politiques de notre compatriote au moment des célébrations du 300e anniversaire de sa naissance en 2012. Au cours d'une soirée organisée dans le cadre des journées de la Francophonie, avec le professeur Matthieu Gillabert de l'Université de Fribourg, j'avais eu l'honneur de présenter au "Muzeum Literatury" de Varsovie ces "Considérations sur le gouvernement de Pologne" un écrit Rousseau Considérations.jpeg publié à titre posthume et réédité fort judicieusement en 2012 chez Slatkine à Genève.
     
    Claude Bonard 

  • La pianiste genevoise Caroline Boissier-Butini et l'hymne national polonais

    En Pologne, le 3 mai est jour de fête nationale. Je vous propose de découvrir quelle symbolique se cache derrière le choix de cette date : Le 3 mai 1791, les réformateurs polonais font adopter par la Grande Diète une Constitution inspirée des principes libéraux de la Révolution française : Elle abroge le liberum veto : ce principe vieux de 150 ans permettait à tout participant à la Diète de faire annuler une loi et paralysait de ce fait la vie politique du pays. Elle accorde aussi des libertés communales aux villes et place les paysans sous la protection du roi. Les écrits politiques de Jean-Jacques Rousseau ont inspiré en partie les auteurs du texte de même que le modèle de la Constituante française. A leur indépendance retrouvée en 1918 après 123 ans de partages entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, les Polonais se sont choisis pour Hymne national la Mazurka de Dąbrowski un chant patriotique  en vogue au moment où les légions polonaises du général Dombrowski se battaient en Italie dans l'armée de Bonaparte. Après la Seconde Guerre mondiale, pendant toute la période de la Pologne socialiste, cet hymne fut interdit avant de renaître à la chute du communisme.
     
    Etonnamment, c'est une compositrice genevoise, Caroline Boissier-Butini (1786-1836) qui reprend cette mélodie pour en faire le thème de son "Caprice et variation sur un thème bohémien" . Rien pourtant de "bohémien" dans cet air .... la Bohême incite à penser à Prague plutôt qu'à Varsovie et à la Vltava plutôt qu'à la Vistule. Je me risque à émettre une hypothèse : c'est peut-être parce qu'à son époque, les Polonais privés de patrie étaient considérés comme des bohémiens, des nomades que Caroline Boissier-Butini a qualifié sa composition de "thème bohémien" ...
     
    Claude Bonard
     
    A propos de Caroline Boissier-Butini, je recommande  l'ouvrage d'Irène Minder-Jeanneret : Caroline Boissier-Butini (1786-1836), compositrice et pianiste genevoise, Genève, Editions Slatkine, 2021.
    A propos de la Constitution du 3 mai 1791, lire : https://mjp.univ-perp.fr/constit/pl1791.htm
    Caprice et variations sur un air bohémien

  • Vu de Pologne: Un signe de mésestime envers Genève et sa région ?

    Très mauvais signe pour  l'image et la réputation de Genève, de son aéroport et aussi pour la Genève internationale : L'Aéroport international de Genève ne figure pas sur la liste des 32 destinations prioritaires aux yeux du gouvernement polonais au départ de l'aéroport de Varsovie telle que publiée hier au Journal officiel en raison de la très sévère grève des contrôleurs aériens qui paralyse la plateforme aéroportuaire qui n'est opérationnelle que de 09h30 à 17h00 (!!!)  avec plus de 300 vols annulés depuis hier ...

    D'accord, Zurich figure sur cette liste. A cet égard, l'un de mes excellents correspondants, journaliste de renom, me fait  remarquer que si Zurich est un modeste "hub", Genève n'est qu'un cul de sac aérien...  Pourtant,  lorsqu'on sait combien de ressortissants polonais  travaillent dans les organisations internationales, au CERN et dans l'économie genevoise et dans la Regio Genevensis,  je persiste et signe. A chaque fois que je prends l'avion pour Genève - et c'est souvent -  les vol sont complets ... idem au retour ...

    il y a dans la liste des 32 destinations choisies par le gouvernement polonais des destinations autrement plus "folkloriques" que Genève  et quelques grands absents ... Je trouve que c'est un signe qui ne trompe pas  ... l'image de Genève serait-elle en train de s'effriter en Pologne ? 

    Claude Bonard Chopin Airport photo CB.jpeg

    Sources : https://notesfrompoland.com/2022/04/26/government-to-restrict-flights-at-polands-busiest-airport-amid-dispute-with-controllers/?fbclid=IwAR0Iw7BnYgGi57ecH1ijTC8KWkiq5D__4cVdPnmDHlmVSHqmFw1X-499Puo

    https://dziennikustaw.gov.pl/D2022000089401.pdf