D'histoire en histoires - Page 3

  • Covid-19 : Danger de mort ou Lebensgefahr ?

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    Covid-19 - Suisse : reprise du travail le plus rapidement possible ... ou reprise «aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire» ..... la perception de la situation semble être différente des deux côtés de la Sarine. En voici un autre exemple, amusant mais assez parlant. Jugez plutôt... si vous voyez une ligne électrique en Suisse romande, il est écrit sur le poteau "Danger de mort"... et si vous voyez la même ligne électrique en Suisse allemande, il est écrit "Lebensgefahr", soit danger de vie... Entre les deux, choisissez ! Ma boutade illustre un condensé de notre belle Suisse, où depuis 729 ans  - pour les Romands c'est quelques siècles plus tard - nous tenons farouchement à rester ensemble, mais sur un air de mésentente cordiale ou de je t'aime moi non plus permanent qui nous va si bien. 

    Claude Bonard

  • Jean de Watteville, du sabre au goupillon

    Le 18 avril 1610, Jean de Watteville qui a quitté le métier des armes suite à une grave blessure à la jWatteville.jpgambe pour entrer dans l'ordre cistercien et devenir Abbé, est sacré évêque à Arbois. Malgré la Réforme et pour narguer Berne, le duc Charles-Emmanuel 1er de Savoie continuait alors d'user du droit qu'il prétendait avoir et nomma Jean de Watteville évêque de Lausanne. Jean fut reçu triomphalement à Fribourg en mars 1613. Le nouvel évêque appartenait à la branche franc-comtoise, catholique, de la famille de Watteville. Mais quelle était donc l'origine de la blessure du prélat ? Plusieurs témoignages concordent pour dire que Jean de Watteville ayant pour lieutenant Philippe d'Andelot, chevalier de l'Ordre de Malte, fut en décembre 1602 le commandant de l'une des quatre compagnies de « cuirasses » savoyardes étant parties de Bonne avec d'Albigny, pour escalader les murailles de Genève. Lors des combats d'arrière-garde qui firent rage près de la Porte-Neuve alors que les Savoyards battaient en retraite après le coup de couleuvrine tirés depuis le bastion de l'Oye, plusieurs officiers de Savoie tentent de résister l'arme à la main. C'est là qu'il fut blessé avant d'être contraint de sauter du haut du rempart. C'est à l'issue de cette chute vertigineuse qu'il se serait brisé une jambe.

    La strophe 57 du Cé qu'è lainô” rappelle la mésaventure du malheureux capitaine :

    “I iriron bin onna tata épovanta
    “Que la Joanesse avoi tota la banda,
    “Vattevillé, poi après Dandelo,
    “Fouyivon to queman fou lou levro”

    Claude Bonard

     

     

  • La cathédrale Saint-Pierre a connu les ravages du feu

    Les médias télévisés français sont abondamment revenus depuis quelques jours sur l'incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame à Paris il y a un an, le 15 avril 2019.
    A Genève, notre cathédrale Saint-Pierre a-t-elle aussi connu les ravages du feu et les outrages de la guerre au cours de sa longue existence ? Voici quelques éléments de réponse :

    16 août 1291 le comte de Genève et son allié le dauphin du Viennois sortent du château du Bourg-de-Four et dévastent le quartier de la cathédrale. La cathédrale est bombardée avec des grosses pierres et des engins qui portent le feu. Les parties boisées de Saint-Pierre sont incendiées.
    1334, un incendie endommage le grand cloître capitulaire, le petit cloître, le jubé et deux traverses de la nef.Saint-Pierre.jpg
    1349, un nouvel incendie anéantit la couverture.
    1430, Incendie de "toute l'église" sauf la tour du côté lac. L'aiguille, la tour sud et la tour de l'horloge sont détruites.
    1470, réfection complète de la toiture.
    1556, le clocheton de la façade est frappé par la foudre.

    Claude Bonard

    Photo CB

  • Un Genevois à Katyn

    C'est  le 13 avril 1943  que les fosses attestant des massacres de Katyn furent découvertes. Un Genevois, le professeur François Naville (1883-1968) fut  l'un des premiers témoins de ces horreurs en tant que médecin légiste. Rappel des faits : en avril 1943, les Allemands annoncent la découverte des charniers de Katyn, près de Smolensk, comportant les corps de plus de 4'500 officiers polonais prisonniers des Soviétiques depuis leur occupation de la partie orientale de la Pologne en automne. Plus de 15'000 militaires polonais ont été internés dans les camps de Kozielsk, d’Ostaszkow et Starobielsk avant d’être exécutés. Au total, 25'500 officiers, résistants et intellectuels seront massacrés sur ordre de Staline et du Politbureau, le décret étant signé le 5 mars 1940. La découverte des forêts de Katyn est exploitée par la propagande nazie et fait l’effet d’une bombe médiatique. Le CICR ne souhaitant pas s’engager afin de conduire une commission d’experts, le professeur François Naville alors directeur de l’institut de médecine légale de l’université de Genève, est sollicité par le consulat d’Allemagne afin de prendre part à une commission d’experts destinée à identifier les victimes. Après plusieurs contacts avec le CICR et les autorités fédérales, le professeur Naville accepte finalement la mission à titre privé. Il sera le seul expert réellement neutre de la commission, composée de scientifiques ressortissants soit de pays alliés de l’Allemagne, soit de pays occupés par les Nazis. Très vite, François Naville va avoir l'intime conviction que les massacres avaient été perpétrés par les Soviétiques mais sera contraint de garder le silence.

    Claude Bonard Katyn 4.jpg

  • Genève, une histoire de galères !

    Pour vous changer du Covid-19 et puisqu'il est vivement recommandé de rester chez soi plutôt que d'aller flâner au bord du lac, je vais vous parler aujourd'hui des batailles navales qui se sont déroulées sur les flots de notre beau  lac de Genève. Nous avions d'ailleurs à Genève un Amiral de la flotte ! Non pas celle du Jet d'eau, mais des galères ! en la personne de Noble Gallatin, Conseiller, élu amiral en 1616, avec la charge de Surintendant des Galères.  Aujourd'hui, je verrais bien le magistrat cantonal en charge de la navigation porter à nouveau le titre d'Amiral de la flotte et surintendant des galères. Ce serait très classe ne trouvez-vous pas ?

    Le vaisseau amiral genevois comptait en 1672 9 bancs à 18 rames ainsi que 10 pièces de canon et 98 hommes au total. Du XIIIe au XVIIIe siècles, trois forces navales sont présentes sur le lac : la Maison de Savoie, qui possède trois quarts des terres lémaniques, la cité épiscopale de Genève et Berne alliée des Genevois dans sa lutte contre la première. Le port de Villeneuve abrite la flotte savoyarde composée de bâtiments conçus par des spécialistes génois. Durant le XIIIe siècle, l'activité des galères lémaniques est très intense  et on s'affronte lors d'escarmouches navales sur notre beau lac. Ce fut le cas en 1294, lors du siège et prise de Nyon qui appartenait au Sire de Prangins, rebelle à l'autorité de la Savoie puis de 1303 à 1305, à l'occasion de la guerre dite des châteaux avec la Maison de Savoie, qui étend son territoire au détriment de Genève et de ses alliés (Dauphiné, Faucigny et Gex). Les navires savoyards sont alors opposés aux galères de la cité épiscopale de Genève lors d'affrontements navals. Une nouvelles bataille navale a lieu en en 1334 avec la prise de la forteresse de Corbières, en face du village d'Epeisses en aval sur le Rhône.

    En 1536, on assiste aussi à divers affrontements lacustres lorsque Genève et ses alliés bernois prennent le château de Chillon. Ils libèrent Bonivard pendant que les galères du duc de Savoie s'enfuient de l'autre côté du lac pour se mettre à l'abri. Berne fait construire des galères à Genève ainsi que de petits vaisseaux, les galiotes et les brigantins. Les galères bernoises ne sont pas du type méditerranéen mais s'inspirent de celles du lac de Constance. Leur modèle est amélioré par un constructeur hollandais. Les plus connues sont “Le Petit Ours” et “Le Grand Ours” dont la construction est achevée en 1672. Pourtant, en 1687, les deux navires sont considérés comme perdus au grand désespoir de LL.EE. De Berne. En ce qui concerne les galères genevoises, les charpentiers travaillent selon les traditions méditerranéennes. L'année 1720 marque la fin des galères à Genève. Progressivement transformée par les mariniers et les charpentiers, la galère lémanique est adaptée au transport de marchandises et devient la barque lémanique dont la Neptune est aujourd'hui un magnifique exemple. De 1840 à 1914, ce sera l'âge d'or des barques lémaniques. Au XIXe siècle, les chantiers navals de St-Gingolph et de Locum lui donneront sa forme classique qui subira peu de transformations.

     

    Galère Léman.jpgClaude Bonard

    Sources : E. Fatio, Genève à travers les siècles.

    La Genève sur l'eau”, Monuments d'art et d'histoire du canton de Genève publié chez Wiese SA à Bâle, avec l'appui logistique et financier du DTPE de MM. Christian Grobet puis Philippe Joye. Textes rédigés par Philippe Broillet, Isabelle Brunier, Mathieu de la Corbière et Charles Bonnet.

    Site internet : https://lagalere.ch/