D'histoire en histoires - Page 3

  • Les mystères du tableau disparu de Pierre Montant

    Dans son "Encre bleue"  du jour, Julie évoque  avec étonnement et tristesse  la "disparition" du tableau monumental du peintre Pierre Montant  qui  ornait  avant les travaux qui viennent de se terminer, la salle des Pas Perdus de l’Hôtel de Ville. L'article de Julie ma rappelle d'heureux souvenirs. Cette superbe toile représente la vue qu'ont pu avoir les contingents de Fribourg et Soleure arrivant en vue du Port Noir le 1er juin 1814. On devine les ombres des bicornes, fusils et drapeaux qui se reflètent sur le pont de la barque du Léman. Lorsque j'étais secrétaire général de la chancellerie d'Etat et vice-chancelier de 2000 à 2010, j'invitais souvent les hôtes de la Tour Baudet à découvrir ce monumental tableau. Je faisais de même lors des "journées portes ouvertes" à l'Hôtel de Ville. Je proposais alors une devinette aux visiteurs  : Découvrir sur la toile de Pierre Montant trois choses que le colonel Girard et ses hommes n'ont pas pu voir le 1er juin 1814 en découvrant notre majestueuse rade. Le public fut toujours amusé par ce petit jeu. Je vous donne les trois réponses :

     
    - En 1814, la flèche de la cathédrale Saint-Pierre n'existait pas. Elle date de 1895.
    - Le jet d'eau n'existait pas, il date de 1891.
    - Sur la rive droite, le Palais des Nations n'existait pas, il a été construit de 1929 à 1936.
     
    Le plus souvent, les visiteurs découvraient l'anachronisme du jet d'eau, parfois celui de la flèche de la cathédrale, beaucoup plus rarement celui du Palais des Nations qui commande  de bien observer l'oeuvre de Pierre Montant car le Palais est lové dans un écrin de verdure.
     
    Les amoureux de cette toile peuvent la retrouver, dans une version aux dimensions nettement plus modestes en allant surfer sur le site internet de la République et canton du Jura  sous la rubrique "Collection jurassienne des beaux-arts"
     
    Claude Bonard 
     
    Tableau 1814 Pierre Montant.jpegIllustration : 
    «L’approche éblouie», de Pierre Montant. Tribune de Genève 
    DR
     
    Voir aussi : https://www.jura.ch/AppHost/10121,1/Scripts/Modules/CJBA/Oeuvre.aspx?id=1854
  • Mur des Réformateurs, les anniversaires du 25 avril, l'un à fêter, l'autre à oublier ...

    Si vous passez le 25 avril devant le Mur des Réformateurs à Piogre, souhaitez un bon anniversaire à Guillaume le Taciturne. Grâce à vos voeux, il le sera un peu moins...
     
    Guillaume est né le 25 avril 1533 à Dillenburg près de Nassau. Certaines sources datent sa naissance au 24 avril. Guillaume 1er, prince d'Orange, avait été nommé par le souverain espagnol stathouder (gouverneur) de Hollande. Homme d'honneur, justement surnommé le Taciturne, il ne tarda pas à se mettre à la tête de la révolte des calvinistes hollandais. C'est à lui que les Pays-Bas doivent leur indépendance. Il meurt assassiné à Delft le 10 juillet 1584. Il fut marié quatre fois, ayant eu pour épouse successivement Anne d'Egmont, Charlotte de Montpensier, Anne de Saxe et Louise de Coligny ce qui explique sa nombreuse descendance, soit 14 enfants en comptant les enfants dits naturels. L'une de ses filles, Emilie de Nassau, née en 1569, épouse protestante de Don Antoine-Emmanuel, éphémère et débauché roi catholique du Portugal vint se réfugier à Genève en 1625 pour y vivre sa foi à l'issue de ses déboires conjugaux et y mourut en 1629. Elle fut ensevelie de même que sa fille Maria Belgia dans l'une des chapelles de notre cathédrale Saint-Pierre qui porte le nom de chapelle du Portugal. 
     
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    Je ne m'étendrai pas sur l'histoire d'un autre personnage de notre Mur des Réformateurs dont c'est aussi l'anniversaire. Oliver Cromwell, né le 25 avril 1599. Je ne ressens aucune sympathie pour ce despote mystique et régicide qui s'est paré du titre de Lord Protecteur de la république d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, se signalant par la brutalité de ses troupes au cours de la Grande Rébellion ( English Civil War) entre 1642 et 1651. Sans même parler de la manière dont il a usé pour contraindre l'Irlande par la terreur en 1649 n'ayant laissé sur cette terre que du sang et des larmes.
     
    Claude Bonard

  • Avec Carlo Lamprecht à Wroclaw, entre chaleur humaine et diplomatie

    Carlo Lamprecht vient de nous quitter. En sa mémoire, je publie cette photo de l'Hôtel de Ville de Wroclaw ( l'ancienne Breslau) et je partage ce souvenir d'un voyage en Basse-Silésie avec lui. Alors ministre genevois de l'économie, en septembre 2001, Carlo Lamprecht avait conduit une délégation de la promotion économique genevoise à Wroclaw afin de favoriser les échanges entre Genève et la grande cité polonaise. Les discussions sur place en début de séjour furent "franches et courtoises" selon le langage diplomatique. En d'autres termes, elles furent difficiles dans un climat de travail tendu. Nos hôtes polonais attendaient manifestement trop de Genève. La gentillesse, l'empathie et le sourire de Carlo Lamprecht permirent de détendre l'atmosphère et son discours chaleureux lors du repas officiel à l'Hôtel de Ville fit le reste. Huit mois plus tard, il accueillait officiellement une délégation des autorités de Wroclaw à Genève à l'occasion du Salon du livre de Palexpo. Un superbe stand fut mis à disposition, qui permit aux Genevois de se familiariser avec Wroclaw, sa culture et ses publications, et aux invités Polonais de nouer de précieux contacts avec Genève. C'était ça la marque de Carlo Lamprecht : la chaleur humaine et une distinction naturelle lui permettant de désarmer ses contradicteurs.

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  • Lorsqu'un général putschiste évoque les "soldats perdus" de la Restauration ...

    Le général André Zeller (1898 - 1979 ) fut l'un des quatre généraux français ayant initié le putsch d'Alger des 21-22 avril 1961. Condamné à quinze ans de détention criminelle, il bénéficia d'une amnistie en 1968. Historien et écrivain à ses heures, il publia un excellent ouvrage aux Editions Perrin en 1977 intitulé "Soldats perdus, des armées de Napoléon aux garnisons de Louis XVIII".

    Etrange destin que ce "soldat perdu"consacrant un livre aux “demi-solde”, du premier Empire, ces combattants mis en non-activité lors de la Restauration, symboles du mécontentement d'une partie de l'armée ne se reconnaissant plus dans le régime....d'autres "soldats perdus"...

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  • 21 Avril 1961, Alger, le putsch des généraux. Panique nocturne à Paris

    21 Avril 1961, Alger, le putsch des généraux. Panique nocturne à Paris. Des chars dans les rues.... des volontaires que l'on habillait de bric et de broc sur la place de la Concorde avec l'idée qu'ils puissent s'opposer à un parachutage de la Légion sur Paris que l'on annonçait comme imminent ! Vous en souvenez-vous ?

    Pour ma part, j'avais alors 15 ans et j'ai suivi ces événements presque heure par heure, l'oreille collée au poste de radio. Quelques années plus tard, il m'a été donné de correspondre brièvement avec le général Raoul Salan, l'un des quatre généraux putschistes qui deviendra ensuite le chef de la tristement célèbre OAS. Le général Salan fut finalement arrêté et condamné à la prison à perpétuité en mai 1962. Le 15 juin 1968, il fut gracié par le général de Gaulle qui souhaitait s'assurer le soutien de l'armée après les événements du mois de mai et sa rencontre à Baden Baden avec le général Massu. À la suite de l’amnistie votée par le Parlement en 1982, Raoul Salan sera réintégré dans ses prérogatives de général d’armée et de grand-croix de la Légion d'honneur.

    Salan.jpgC'est dans le cadre de mes travaux d'histoire du début des années 1970 sur la libération de Marseille que j'avais eu un contact avec le général Salan qui avait débarqué en Provence le 15 août 1944 à La Nartelle en tant que colonel chef de corps du 6e régiment de tirailleurs sénégalais (RTS), avant de se porter sur Toulon.

    Claude Bonard